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Edito de août 2017

L’édito d’Anne

Après les turbulences de printemps, les sèves montantes, les chaleurs festives de Juillet, Août me paraît comme un lynx endormi, fatigué et dolent, offrant son flanc aux chaleurs qui s’étirent et perdurent, rythmées de réveils fauves, de nuits fraîches, de repos odorants et savoureux.

C’est le temps des torpeurs, des digestions, des décantations, méditations, maturations. Le temps des gerbes mûres et des pailles rangées.

Passages des enfants, des amis, lectures entre les arbres, éclaboussures des festivals qui appellent, stridences ferventes des cigales venues du sud et qui, peu à peu, s’installent dans nos jardins.
Les fruits juteux aux terrasses, les caprices d’étoiles aux danses fulgurantes à saisir, un temps de pause, de scansion… de soupir pour respirer avant la rentrée et l’élan à reprendre.

Un temps de partage et de paroles, aussi, aux tablées prolongées, comme une récompense à l’année écoulée.

Juillet a vu notre participation à l’exposition Turbulence des Arts, à la chapelle des cordeliers, grâce à la confiance de l’association « les amis du vieux Crest » : une table où se sont côtoyés quelques écrivains locaux,.

Les livres d’Anne Pierjean ont attiré quelques regards touristes et aussi quelques pensées-souvenirs de lecteurs d’ici.

Ce fut l’occasion de présenter l’auteur, l’association, ses projets, de dialoguer avec exposants et passants.

Août sera repos et préparation de la lecture du 29 septembre en Drôme des collines.

Temps de mise au point pour notre association, temps d’engrangement pour nourrir l’automne et l’hiver.

Edito de Juillet 2017

L’édito d’Anne

Le spectacle du 22 Juin a été un moment chaleureux dans le jardin d’Anne Pierjean, abrité du soleil avant les jours d’orage qui ont suivi.

La presse a fait écho à notre jeune association. Anciens lecteurs-amis, anciennes élèves de la jeune institutrice, Marie-Louise Grangeon, nouveaux amis de l’association, prêts à découvrir une écriture encore inconnue, voisins et familles… tous ont apprécié, il me semble, ce moment de partage et de retrouvailles, autour de deux textes émouvants (ponctués de chants de grenouilles!).
Le grignotage à l’entracte, sous les lampions, a été l’occasion de se connaître un peu, ou de se retrouver, un verre à la main. La grande pogne a scellé l’évènement, comme aux fêtes d’autrefois.
En Juillet, l’association participera à l’exposition « Turbulence des Arts » organisée par « La société des amis du vieux Crest et des environs », à la Chapelle des Cordeliers.
Le vernissage aura lieu le 13 Juillet à18 h en notre présence. Vous y êtes conviés.

L’exposition sera ouverture gratuitement, tous les jours de 9 h à 19h jusqu’au 30 juillet, sans interruption.
Nous y assurerons des permanences : encore des occasions de rencontres autour de l’oeuvre d’Anne Pierjean.

L’été accueille de nombreux visiteurs étrangers, aussi les livres d’Anne Pierjean traduits en Espagnol, Catalan, Autrichien, Grec ou Japonais après ses Prix et notamment le prix du Salon de L’enfance (Salon Jeunesse maintenant) … seront présentés.

Selon ma tradition (déjà!) j’ai cherché dans les écrits d’APJ un hommage à Juillet, un texte à vous offrir. J’ai choisi plutôt un hommage à  » Paul et Louise » (dont une adaptation sensible et juste a été présentée Le 22 par la Compagnie Zazie7).

Le 22 Juin,  lendemain du solstice d’été , c’est aussi le prélude aux temps des moissons : Temps forts dans la vie paysanne autrefois (et encore sans doute, mais autrement)…
Je ne peux résister à transcrire ici ce passage de « Paul et Louise » où l’émotion et la poésie sont à leur apogée, portées aux fils des faux affutées et solidaires : l’épisode d’ une moisson de nuit, en secret, orchestrée par Paul pour venir en aide à Louise, qu’il aime, et à sa mère, Reine, en deuil de Pierre,  père et  mari.

« …C’était presque minuit quand une rumeur monta qu’on veillait à étouffer – Mais des mots crevaient par-ci par-là le murmure sourd. Il était presque minuit. Il avait fallu ce temps pour panser les bêtes et manger la soupe dans les fermes respectives. Mais les gars avaient fini et la nuit était à eux.
Louise, enveloppée dans les plis de son rideau, dominait le champ de blé. Et elle voyait Paul qui distribuait les places.
Tous en rang, au bas du champ, ils affûtèrent les faux avec cette pierre grise qui pendait à leur ceinture dans le récipient de zinc où ils la mouillaient parfois. Les faux chantaient doux avec les grillons réveillés entre les tiges. Puis elles chantèrent plus fin, les lames affilées.
Et puis les faux attaquèrent.
A chaque balan du bras, les épis tombaient, jetés de côté par une pièce de bois fixée à la faux qui les déversait.
Et puis le faucheur avançait d’un pas sans casser jamais le balan du bras qui coupait les blés.
Au bout de trois pas ils avaient pris, tous ensemble, la cadence. On aurait dit que les faux vivaient par un même bras.

Louise se mit à pleurer sans savoir vraiment pourquoi, saoule de tendresse et peut-être aussi de cette fatigue qui virait de bord et la rendait vive comme au saut du lit. Elle inspirait -t’amo- et expirait -Paul-  et elle courut chez sa mère, le souffle rapide, pour la réveiller.

Sa mère ne dormait pas.
Elle était assise à sa propre place entre les draps bis, mais sa tête posée sur l’oreiller d’à côté. Elle dit : » qu’est-ce qu’il y a ? » et elle leva le visage.
L’oreiller de Pierre était tout trempé de larmes.
Louise la prit dans ses bras et elles pleurèrent ensemble.
Reine caressait les cheveux de Louise. Et Louise, soudain, se sentit aimer la mère comme elle ne l’avait pas encore aimée. Alors elle lui parla comme à Mée Delphine.

– Paul et puis les autres, ils font la moisson. Et c’est Paul qui  la commande. Ils la font au clair de lune. Demain ils continueront. C’est Paul qui a eu l’idée… Mère, tu le sais ?
Plus tard on se mariera. On le voudrait tous les deux.

– Si tu ne changes pas et s’il ne change pas, dit Reine Bonnet, ce sera pour tous une bonne chose. Et surtout pour toi. Mais tu n’as que seize ans et il y a encore le temps. Il y a encore le service. Sois sage, ma Louise. Puis les choses sont souvent pas ce qu’on voudrait. D’abord un garçon ça peut oublier. Une fille aussi… Mais bavardons plus : il faut nous lever. Il faut préparer un manger de fête. Dans une heure tu iras leur porter à boire. A trois heures, il faudra qu’ils mangent la soupe, et qu’ils dorment une heure ou deux. Et vers les six heures on fera un bon café.
Le café était gardé pour les grandes occasion, mais c’en était une. Et ces jeunes fatigués qui donnaient leur nuit méritaient le café.
Et puis Louise  -Reine le savait puisqu’elle s’était confiée– Louise serait si contente que Paul soit content, que la mère soit complice et leur offre ce plaisir.
Et elle trouva la joie au fond de sa peine parce que Louise, enfin,  venait de la joindre au plus vif de sa tendresse qui attendait l’heure.
Et elles firent tout ce qu’elles voulaient faire.
Louise porta le vin frais, la bouteille d ‘eau et quelques brioches.

Sous la lune elle était belle, ses cheveux défaits juste retenus par un catogan. Elle semblait marcher au-dessus des chaumes dans une écharpe de brume. Elle avait dit :
– Bien bonsoir. Merci bien à vous.
Elle avançait d’un faucheur à l’autre et tendait le verre et le remplissait, offrant des brioches, quelques mots gentils.
Et puis  elle finit par Paul et sa main tremblait un peu.
– Sous le clair de lune, les amoureux, ils s’embrassent ! dit Sylvain qui se trouvait parmi les faucheurs ainsi que Rémi.
Louise eut un petit « Oh! » reconnaissant à Sylvain qui ramenait à des rires l’émotion qui la gagnait. Elle embrassa Paul par-dessus les litres et le grand panier qu’elle tenait devant elle.
– C’est pas juste ! dit Sylvain qui exploitait son succès, c’est sûr maintenant Paul ira plus vite et on pourra pas le suivre ! d’embrasser les filles, ça donne du coeur aux bras. Y’a que Paul qui en aura .
– Soyez pas jaloux ! dit Louise.
Et, prenant les verres vides, elle embrassa tout le monde d’une lèvre vive.
– Va-t’en maintenant que tu nous retardes ! dit encore Sylvain. On te verra mieux au jour. En ce moment, on est bien. Et juste le frais qu’il faut ! Faut en profiter.
– Je file dit Louise. A trois heures, je viendrai vous appeler pour la soupe.
– Ce sera pas de refus.

                                                          *       *       *

A trois heures la besogne était assez avancée. Presque tout le champ. Alors, ils pourraient dormir une heure aux fenières pour reprendre le travail au lever du jour.
Le soleil se lèverait, sécherait les gerbes.
Eux, ils boiraient le café et retrouveraient leurs forces et lieraient les épis.
Des gens du village viendraient les aider une heure, tantôt l’un tantôt l’autre. Et on ferait les gerbiers.
Et le petit champ, à gauche des bâtiments, serait aussi mis en gerbes.
Vers les six heures, ce soir,ce serait fini.
Alors ils iraient dormir une bonne nuit pour repartir le lundi.
(…)                                     
                                                « l’épisode des moissons… » dans « Paul et Louise »

Quelques photos du spectacle

  

Edito de Juin 2017

Edito de Juin  2017

L'édito d'Anne
La chaleur qui revient s'installe et nous projette dans l'été... j'ai l'impression de marcher dans un jardin aux hautes herbes dans les écrits d'Anne Pierjean que je re-découvre ou découvre aux détours de lettres, articles ou inédits... le pas impressionné et curieux, en éveil, attentive aux couleurs de ses mots, à leurs parfums et sonorités particulières, poétiques, passionnés, impliqués  et qui joignent nos écritures et lignes de vie.
Désir de transmission, "goût d'être" partagé, échanges créatifs, réflexions approfondies , j'avance à pas heureux dans ses écrits et témoignages, jalons posés au fil des années, et j'espère de multiples rencontres à venir, des retrouvailles avec qui l'a connue, lue et appréciée.
j'espère que s'installe une dynamique d'échanges, un croisement interactif de souvenirs, simples, et je recueille déjà quelques réactions émouvantes à la découverte de son écriture, à travers le site ou des rencontres.
Bientôt, nous nous trouverons assemblés, nombreux je le souhaite vivement, le 22 Juin à partir de 18 H, dans le jardin de sa maison pour écouter "Cher toi" et "Paul et Louise" que la compagnie Zazie7 nous présentera: Vous trouverez les détails plus bas, sur cette page.
Zazie7 est une compagnie de théâtre d'ici,compagne de route en cette année de création de l'Association, pour faire écho à l'écriture d'Anne Pierjean.
Il y eut déjà une lecture dans le jardin, en Juin 2015 par Elisabeth Voreppe, grâce à L'UPVD qui m'avait fait confiance et avait inscrit dans son enseignement un module sur l'écriture d'Anne Pierjean ("La ferveur d'écrire"dont vous retrouverez le texte dans ce site).
L'université populaire du Val de Drôme avait, toute première, entendu mon désir de fonder cette Association et mon projet de vivre ici. Je l'en remercie encore.

En attendant cette "assemblée du soir"(expression chère à Anne Pierjean qui aimait les veillées où l'on conte), je transcris et partage un passage de "l'Instant exact" qui rappelle le printemps.

A bientôt, Anne 
Anne Grangeon
"Ma mère.

Tu as ton tablier de jardinière en grosse toile bleue aux attaches solides.
Il est très vaste.
Parfois, tu m'as portée dedans, tes mains solides serrant les coins bien renforcés.
Et moi, toute petite encore, protégée par cette toile rude, j'entrais dans le balancement de tes cuisses en marche, mon visage appuyé sur le triangle chaud de toutes mes béatitudes : fragrances de savon, de tissu lessivé, de sèves vertes et de chair maternelle...

Rien ne s'oubliera donc de ces instants intimes et pléniers qui m'ont construite ?
Les souvenirs sont reçus de plein fouet.
Ce sont parlers de chair qui négligent les mots et le corps se berce en leur houle.
Comme une enfant je redemande : encore?

Tu es assise cette fois.

Tu as toujours ton grand tablier.
A l'ombre du mûrier tu écosses des petits pois.
Entre tes cuisses une passoire rouge.
Tes genoux écartés creusent le tablier d'une béance dont tu roules les bords.
En pyramide verte tombent les petits pois dans la passoire rouge.
Tu les aplatis de la main.
Tu aplatis les cosses vides qui emplissent très vite la creusure du tablier.

Je tourne autour de toi comme un jeune cabri qui enroule sa corde autour de l'arbre où il est attaché- et va se retrouver coincé contre l'écorce, à se frotter l'échine pour le radieux plaisir de percevoir sa vie.

J'ai rabattu le tablier roulé sur le coussin de cosses vertes.
j'ai blotti mon visage.
Ta main laisse les petits pois pour me caresser les cheveux.
Ma menotte est plongée dans la passoire rouge.
Les grains roulent entre mes doigts.
De puissantes graphies s'inscrivent au creux de ma paume et tout me baigne : une marée vivante, les petits pois, tes mains, et ces ocelles de tendresse et de soleil dont le mûrier, vibrant de vent, m'asperge.

Ces grands bains sensoriels auront généré mon enfance.
J'en ai cherché la source en toi, ma mère, avant de la trouver partout, tout au long de mon temps."

in "l'instant exact" . Anne Pierjean-Robert, octobre 2002


Prochain événement :
En soirée le jeudi 22 juin, une représentation théâtrale  dans le jardin, en deux parties, par La compagnie Zazie7 :  "Cher Toi" et "Paul et Louise".

La compagnie Crestoise présentera une courte pièce Cher Toi, déjà jouée ailleurs,  et une adaptation du livre d'Anne Pierjean " Paul et Louise".
A propos de « Cher toi » 

C’est à huit ans, dès leur première rencontre à l’école, qu’Ellen et Jack vont commencer à s’écrire.

Cette correspondance, ils vont l’entretenir toute leur vie, malgré les malentendus, des situations familiales très opposées, et la distance qui les sépare.
Ainsi, pour eux, l’espérance comme le désir vont se perpétuer, s’enrichir et se transformer.
Tout au long de leur échange, une tension sensuelle et dramatique va continuellement s’épanouir, non seulement par les mots mais aussi par les délais plus ou moins longs qui s’écoulent entre les missives, les appels au secours et les réponses qui arrivent parfois dans un contexte qui a évolué.
Dès lors, chacun est en porte à faux, ce qui est gai ou triste mais toujours inattendu.
Et ce mécanisme diabolique va se conclure par un coup de théâtre.
Tendres et drôles, ces lettres pleines d’émotion, nous ravissent.

                                                                           Compagnie Zazie7

A propos de « Paul et Louise »

« Ils s’aimèrent sans le savoir à St Avit, Paul avait 5ans, Louise 3 ans (…) Il y eut les années d’école au même banc, et puis il y eut Maxime à qui Louise souriait…et Paul connut son premier vrai chagrin.
Ils s’aimèrent et le surent à Châteauneuf, Paul avait 13 ans, Louise 11. Les années passèrent pour ces jeunes paysans, rythmés par le changement des saisons et les travaux des champs.
(…) Puis ce fut la guerre de 1914. Paul et Louise se marièrent. Un fils naquit alors que Paul était au front. Louise connut les mois d’attente et d’angoisse. Enfin… ce fut le retour.

« Avec Paul et Louise, Anne Pierjean nous donne un roman d’amour d’une rare authenticité et nous entraîne au coeur même de la France paysanne du début du siècle. »
   Extrait de la quatrième de couverture du roman publié en 1975

Des extraits choisis seront joués par la compagnie Zazie7 , que je laisse entièrement libre de faire son « découpage » et son « montage ».

Mon seul souhait est qu’ils vous entraînent dans la poésie des mots simples et gouleyants de Paul et Louise où se définit un sentier de vie, tout en amour, humanité et profondeur, sur fond de réalité  paysanne et de « grande guerre ».

                                                                               Anne Grangeon

Edito de Mai 2017

l'édito d'Anne
Mai continue avril à son pas accéléré ou alourdi de passions électorales, de giboulées froides, de neige saupoudrée puis balayée, de jaillissements de fleurs au jardin, de lumière crue et mouillée.

L'association va vers son premier événement, lecture et théâtre dans le jardin, le 22 juin, qui se prépare activement.
Des rendez-vous sont pris pour la présenter , des rencontres, inscrites sur les pages de mai ou fortuites, vont permettre aux liens de  se tisser.
Des perspectives d'été.
Le site aussi va son chemin se complétant de textes, à ranger. Joie pour moi des retrouvailles en lectures diverses dans les manuscrits d'Anne Pierjean, nouvelles,lettres et réflexions semées en de nombreuses pages. J'ai ce beau privilège de pouvoir y puiser.
quelques adhésions arrivent... j'attends vos courriers et je flâne entre les lignes où j'ai cherché des échos de mai.. j'ai trouvé beaucoup de poèmes, écrits comme fleurs sauvages au pré tellement vert de printemps, et j'ai choisi un dialogue pour la légèreté de l'heure qui attend les cerises :

"Une chipie, dit le frère
Une pimbêche, dit la soeur,
c'est l'âge ingrat, dit le père,
Ayez un peu de patience, demande Maman.

Mais la petite "tout-ce-qu'on-a-dit"
pose ses longs cheveux
sur le coussin de sa grand-mère
et elle sent une vieille main
qui les regroupe, les caresse, les lisse

Alors un ange de silence
soulève un invisible pan de ciel
et volètent ensemble
des chansons, des comptines
des tartes à la framboise et des histoires de loup,
renaît le pré plein de ballons sauteurs
de lumières de rires
Mamie regarde ! Mamie écoute-moi ...

Mamie regarde...
Mamie écoute-moi...
Tu me l'as dit
que je te garderai en moi
que tu tiendras ma main jusqu'au bout de mes joies
de mes peines
Mamie regarde...
regarde....
regarde...
je vais ma vie...Je vais ma vie j'ai le vertige
tu devrais être là..." 
Anne Pierjean


Prochain évènement:

En soirée le jeudi 22 juin, une représentation théâtrale  dans le jardin, en deux parties, par La compagnie Zazie7 :  « Cher Toi » et « Paul et Louise ».

La compagnie Crestoise présentera une courte pièce Cher Toi, déjà jouée ailleurs,  et une adaptation du livre d’Anne Pierjean  » Paul et Louise ».

A propos de « Cher toi » 

C’est à huit ans, dès leur première rencontre à l’école, qu’Ellen et Jack vont commencer à s’écrire.

Cette correspondance, ils vont l’entretenir toute leur vie, malgré les malentendus, des situations familiales très opposées, et la distance qui les sépare.
Ainsi, pour eux, l’espérance comme le désir vont se perpétuer, s’enrichir et se transformer.
Tout au long de leur échange, une tension sensuelle et dramatique va continuellement s’épanouir, non seulement par les mots mais aussi par les délais plus ou moins longs qui s’écoulent entre les missives, les appels au secours et les réponses qui arrivent parfois dans un contexte qui a évolué.
Dès lors, chacun est en porte à faux, ce qui est gai ou triste mais toujours inattendu.
Et ce mécanisme diabolique va se conclure par un coup de théâtre.
Tendres et drôles, ces lettres pleines d’émotion, nous ravissent.

                                                                           Compagnie Zazie7

A propos de « Paul et Louise »

« Ils s’aimèrent sans le savoir à St Avit, Paul avait 5ans, Louise 3 ans (…) Il y eut les années d’école au même banc, et puis il y eut Maxime à qui Louise souriait…et Paul connut son premier vrai chagrin.
Ils s’aimèrent et le surent à Châteauneuf, Paul avait 13 ans, Louise 11. Les années passèrent pour ces jeunes paysans, rythmés par le changement des saisons et les travaux des champs.
(…) Puis ce fut la guerre de 1914. Paul et Louise se marièrent. Un fils naquit alors que Paul était au front. Louise connut les mois d’attente et d’angoisse. Enfin… ce fut le retour.

« Avec Paul et Louise, Anne Pierjean nous donne un roman d’amour d’une rare authenticité et nous entraîne au coeur même de la France paysanne du début du siècle. »
   Extrait de la quatrième de couverture du roman publié en 1975

Des extraits choisis seront joués par la compagnie Zazie7 , que je laisse entièrement libre de faire son « découpage » et son « montage ».

Mon seul souhait est qu’ils vous entraînent dans la poésie des mots simples et gouleyants de Paul et Louise où se définit un sentier de vie, tout en amour, humanité et profondeur, sur fond de réalité  paysanne et de « grande guerre ».

                                                                               Anne Grangeon

Edito de Avril 2017

Dans cette première année de vie, nous avançons pas à pas dans la redécouverte de l’écriture d’Anne Pierjean et l’envie de vous la faire partager, par petites touches, écrits inédits, extraits de lettres ou d’articles que vous retrouverez dans le site.

Chaque mois, vous pourrez lire une note évoquant l’actualité de l’association : ses action, projets, réalisations : L’édito d’Anne !

D’ores et déjà, nous comptons bien  construire cette aventure avec vous, qui avez lu Anne Pierjean ou qui l’avez connue, qui avez peut-être correspondu avec elle ou partagé une action.

Nous sommes gourmands de recevoir vos  témoignages ou propositions d’action dans le cadre de l’association ! et de faire avec vous les détours  que vos souvenirs-surprises apporteront à ce que nous connaissons de sa vie.
Nous sommes conscients que bien des chemins demeurent à explorer car elle a été très active et impliquée dans ses correspondances ou rencontres en librairie, médiathèques, bibliothèques, classes ou associations locales.
Nous serions très heureux que vous partagiez vos souvenirs en toute simplicité.

J’aurai toujours du temps pour vous lire ou vous rencontrer, et avec joie !

Notre projet est que la vie de l’association se construise avec vos apports et s’enrichissent de vos témoignages.

Ainsi, n’hésitez pas à nous contacter pour nous faire part de vos idées …
ou, simplement,  consultez  le site de temps en temps pour voir l’avancée des travaux,
et donnez nous votre avis !

Seriez-vous intéressé par une adhésion, comme simple membre, membre actif, membre bienfaiteur ?

Seriez-vous prêt à collaborer activement à l’association , de quelle façon vous sentez-vous en mesure de le faire, quelle disponibilité auriez-vous?

Contact :

Anne GRANGEON
47 avenue Agirond   –  26400  –  CREST
annegrangeon@asso-annepierjean.fr

L’association étant maintenant déclarée officiellement, vous trouverez bientôt nos flyers de présentation en bibliothèques, mairies, Offices du Tourisme et commerces.

D’ores et déjà , l’association accueille vos inscriptions et programme des évènements.

Votre participation est essentielle, à tous niveaux.

Si vous souhaitez devenir adhérent de l’association, vous pouvez vous faire inscrire en allant sur la page ESPACE ADHERENT/Adhésion.
Puis, les  cotisations étant indispensables pour faire vivre l’association, vous aurez à verser :
15 €  (comprenant Droit d’entrée 5 € et Cotisation annuelle 10€ )
 par chèque à l’Ordre de : Association Anne Pierjean
à adresser à  : Anne Grangeon, 47 avenue Agirond 26400 Crest

et nous espérons vous accueillir lors des lectures programmées.

Alors vos agendas !

Trois évènements lectures se profilent pour l’année 2017:
cliquez sur CALENDRIER

Prix Littéraires

 

Paul et Louise
 * Sélection du prix des Treize, 197

* Diplôme du « Meilleur livre loisirs jeunesses 1976 »
* Sélection de « Lire » (SNE )
* Sélection jeunes, lecture, promotion 1977
* Mention au prix Jean Macé
Ce livre a été traduit en portugais.

Loise en sabots
  * Prix en catégorie narration au prix européen de la ville de Trente

Saute-Caruche
  * mention au prix de la ville de Vénissieux

* « Meilleur livre loisirs jeunes »

Collection Magnard Fantasia

Le Village qui n’avait pas d’enfants :
* Sélection du prix des Treize

Collection GP Spirale

Mon cousin Luc : finaliste du prix du salon de lrEnfance

Marika
* prix du salon de lrEnfance, 1972

* traduit au Japon au Canada: en Espagne et au Portugal.

Judith et l’Ey-Vive
  * traduit en Autriche
* Prix autrichien du Ministère de la Culture

Collection GP Dauphine

L’Ecole Ronde
* sélection au prix des Treize 1975

* sélection 1000 jeunes lecteurs
* sélection B.P.J.

David et Sylvie au drôle de pays
* sélection du prix des Treize

UPVD-0

UPVD Anne Pierjean, la ferveur d’écrire

Par Elisabeth VOREPPE

Pour présenter ce module, j’ai écrit: « Pour Anne Pierjean, écrire était une grande responsabilité, et une nécessité ». Et « ses mots, elle les voulait les plus authentiques et les plus exacts possibles ». Pour illustrer ces affirmations je vais me servir essentiellement de ce qu’elle a elle-même écrit. Je ferai donc surtout des citations. Issues d’une part de ce que j’ai gardé moi-même, notamment des notes prises en 1993 au cours d’une interview pour le Dauphiné Libéré. Cela se passait lors d’une rencontre pour les enfants dans ce qui était l’ancienne bibliothèque, quai Bérangier de la Blache. D’autre part, et pour une large partie, de la correspondance privilégiée qu’elle a entretenue avec la Crestoise Chris Escot, correspondance que celle-ci m’a confiée. Ce qui explique le caractère souvent intimiste des propos.

J’ai souhaité consacrer la première séance à la question: Pourquoi écrivait-elle? Cela me semble répondre à l’affirmation sur sa nécessité à le faire. Et la seconde à la question: Comment écrivait-elle? Pour faire écho à l’affirmation sur sa responsabilité à le faire.

Je me suis rendue compte en fait que ces deux aspects sont intimement liés et que le cloisonnement est impossible. Donc les deux vont s’imbriquer et se répondre…

Entre les deux je m’intéresserai à la correspondance d’Anne Pierjean, qui avait pour elle une importance majeure.

Enfin j’ai choisi de lire, plutôt que de la prose, des poèmes qu’elle aurait pu signer Anne Pierjean Robert puisqu’elle avait ajouté son nom de jeune fille à son pseudonyme lorsqu’elle a accepté de publier, peu avant sa mort, un premier ouvrage pour adultes. De poésie justement.

Pourquoi écrit-elle?

 

UPVD-1

(suite)

Il me semble que c’est d’abord une histoire de transmission

La première chose qui me vient à l’esprit c’est le mot évidence. Comme si, ce que la petite fille qu’elle était avait reçu ne pouvait qu’être engrangé pour être redonné un jour. Cela suppose sans aucun doute une capacité d’écoute et d’observation assez poussés.

Je lui avais demandé lorsque je l’ai interrogée en 93 ce qui avait été déterminant. Elle m’avait répondu:

J’ai écrit à cause d’un papa poète qui a raconté beaucoup d’histoires. C’était, une fois lui, une fois moi. Un jour, il a écrit la première ligne de ce que j’avais dit…

Elle parlait souvent aussi des mémés conteuses de son village (Saint-Avit où sa famille a déménagé alors qu’elle était dans sa prime enfance), un village où les grand-mères avaient mission de raconter des histoires, en faisant la soupe par exemple. J’en ai entendu tellement que c’était normal que j’en écrive…

J’ai su lire très vite car j’avais envie d’écrire, j’avais des carnets pour ça.

J’ai eu envie d’écrire toute ma vie. Au début de ma vie de femme, en étant institutrice et avec mes enfants, ce n’était pas possible. J’écrivais des poèmes, que je mettais dans un tiroir.

Les poèmes, c’est une sorte de soupape, d’état de grâce

(03 90)

Je m’enfermerais bien dans une vie contée. Mais je ne peux passer que par les mots désormais, et les mots passent par ma plume (…) et je découvre des joies contemplatives et immobiles ne pouvant faire mieux.

L’écriture, c’est aussi une nécessité, comme un trop-plein de sa vie

Je suis très frappée par la sensualité de son écriture. Et j’ai l’impression d’une source inépuisable qui ne nait pas dans le cerveau, dans l’intellect, mais dans la vie qui parfois la submerge. D’où l’idée de trop plein. Comme si les mots ne pouvaient que jaillir en même temps que les sensations. Comme si elle était immergée dans un océan de mots.

J’ai l’impression qu’il est difficile de dissocier sa vie de son écriture.

(04 90)

La vie se vit à pleins bras, chaude et violente. Il faut la toucher de partout. Ce qu’on ne peut atteindre par les gestes, on tente de l’atteindre par les mots jetés comme des mains (chaudes)…

(…)

Parfois j’ai l’impression que la vie et les mots me débordent. Je ne bouge plus, je ne dis rien. C’est un bain illimité et je suis le débordement même des mots et de la vie.

Je crois qu’on peut parler d’un besoin impérieux

D’une évidence absolue, comme elle l’exprime elle-même. Tout se fait, dit-elle, malgré elle. L’écriture s’impose.

(11 87)

Elle (APJ) baigne dans quelque chose. Sa plume y baigne aussi. Tout se fait sans préméditation. Elle se regarde souvent de travers en se demandant de quoi elle se mêle, et ça marche presque malgré elle.

(Les mots), je n’ai plus guère de liberté vis à vis d’eux. Ils écrivent dans ma tête des livres que je n’écrirai jamais, mettent au net des moissons hâtives, comme une meule perpétuelle, même en sommeil ils oeuvrent pour eux. Pour le plaisir? Peut-être pas, mais pour le besoin c’est sûr.

C’est une mécanique inarrêtable, incontournable, et c’est trop facile en moi pour ne pas m’effrayer parfois. J’aimerais me démarquer mieux.

(92)

Si on pouvait apprivoiser les mots pour traduire en clair (….) Mais ces mots-là n’existent pas car ils sont communs: on les lit par une intensité similaire, dans le blanc même de leur force non entachée d’encre maladroite; ils n’ont pas besoin de forme écrite ou orale… ils sont.

Ce besoin va très loin, jusqu’à l’intime, puisqu’elle peut livrer ceci:

Il y a sensualité à écrire, avec son corps, son âme, son sang.

(03 93)

Il y a dans l’écriture un jaillissement (une sorte d’orgasme). Il faut trouver ça en toute gratuité et le reste viendra. On ne fait pas l’amour pour passer à la postérité. L’écriture non plus. C’est une fête intime.

Je vais parler de la correspondance d’Anne Pierjean. Qui de mon point de vue illustre les deux ressorts de son écriture: la transmission et la nécessité absolue pour elle de s’exprimer en mots.

On sait qu’Anne Pierjean passait deux ou trois heures par jour à son courrier. Pour répondre aux enfants mais aussi aux adultes (et souvent ces adultes étaient les enfants qui avaient grandi).

Elle s’est demandée si elle était une écrivaine épistolière. Elle n’a pas répondu à cette question.

Je pense personnellement que la transmission passait non seulement par ses romans pour la jeunesse mais aussi par ce canal de la correspondance. Et je pense qu’elle s’y adonnait avec le même art.

En effet, ce qui m’étonne, dans ce que j’ai pu lire, c’est non seulement la richesse des propos, mais aussi le style de cette correspondance. Or contrairement au temps passé pour les textes publiés, la correspondance est par définition issue d’un premier jet. A moins de détruire une lettre et de la recommencer. Il est vrai que j’ai aussi vu dans des lettres des ratures ou des petits morceaux de papier collés sur une partie du texte puis remplacé par d’autres phrases… Ce qui tend à montrer qu’elle avait là, comme dans les textes publiés, le même souci des mots justes.

Cette correspondance est également, me semble-t-il, une manière de mettre au jour, des constats, des sensations, des vécus, des expériences, bref toute la mosaïque de ce qui faisait sa vie. De donner (donc de transmettre) un matériau existentiel lentement mûri. Et qui ne pouvait là non plus échapper au besoin de dire…

(03 90)

L’écriture est, je crois, la chose qui demande le plus de gammes (…) Ecrire aux amis mène à tout quand les amis motivent. Un jour ça coule, imparable. Et l’on n’est plus tourmenté par le besoin de dire.

(10 92)

Qui m’écrit, cherche en lui, et cherche à piocher dans mes engrangements. Bien sûr il cherche dans le fatras -à 70 ans ce sont des myriades de pollens bruts, pas tous digérés-. Qu’un correspondant remue ces pollens, l’affection aidant, je les remue moi-même, et les mots s’en emparent, le les lui donne un peu présentables ou du moins compréhensibles, mâchés je crois à ses dents.

(07 90)

Tout le monde tâche de vivre du plus confortable qu’il peut à l’intérieur de sa peau! J’ai peut-être les mots, non pour le dire, mais pour le faire sentir.

Comment écrit-elle?

Comment l’écrivain travaillait-elle ses textes. Ce qui va suivre va nous montrer deux aspects de son écriture. Tout d’abord l’étonnante facilité avec laquelle surgissaient les personnages et les mots. Ensuite le travail d’orfèvre qui était le sien après ce qu’elle appelle le premier jet. La facilité n’empêchait pas, on va le voir, un énorme travail…

Pour ce qui concerne le « surgissement initial », Anne Pierjean décrit une sorte d' »emprise ». Elle explique en tout cas qu’elle n’a pas la maitrise par rapport à ses personnages.

Mais d’abord elle précise:

Je n’écris jamais sur commande, juste ce qui vient spontanément, tout seul, quand j’ai le temps.

Et aussi:

J’ai beaucoup écrit mentalement avant de coucher sur le papier.

Par rapport aux personnages, elle explique

(In 93)

Les personnages font ce qu’ils veulent. Ils veulent, puisent dans ce que je suis, c’est une aventure extraordinaire.

J’ai moins de résistance. Mais quand les personnages

me sautent à la tête!!

(12 92)

Mes personnages, le temps où ils me fréquentent (exclusifs et abusifs) sont tellement proches que je les aime, que je dois les respecter. Je ne suis jamais voyeuse, mais je suis l’autre dans les dialogues… C’est une gymnastique et je dois vouloir comme eux.

Les personnages, à peine créés, se confient à moi de façon très déterminée, car ils ont une vie très active et réclament mes mots de façon très autoritaire. J’écris, j’écris, je les suis de mon mieux. Ils vivent sans me consulter (…)

Dans ces conditions, comment l’auteur reprend-elle la main? Comment s’y prend-elle pour s’emparer de ses personnages et, non pas les conduire où elle veut puisqu’elle ne le peut pas, mais de la manière dont elle le veut?

Et cette aventure là est elle aussi jubilatoire….

Lorsque l’histoire galope comme un film devant ma plume, je suis entrée dans une autre joie: celle de mettre en mots leur aventure, en mots selon mes cadences, ma musique personnelle, mes images intimes peut-être.

Je ne trouve ma joie que lorsque mes phrases entrent dans l’oreille avec une façon que je ne saurai définir mais qui est la mienne, j’écris et je cherche avec acharnement MES mots.

Donc j’ai deux joies qui se tiennent la main, l’une tirant l’autre (une fois l’idée, une fois les mots), et qui est le plus fort? Je ne peux jamais le savoir…

(Int 93)

J’écris sur une cadence. Je fais une lecture à l’oreille, je lis fort, je m’écoute.

Comment faire pour avoir un style? lui avais-je demandé.

C’est une grande discipline. J’ai un système: être visuelle. J’ai une cadence, et des images. Je vois d’abord un film et je le traduis. Je ne sais pas où il va, je cours après.

Il y a d’abord un premier jet. C’est un plaisir, une luxuriance, une forêt vierge. Je me laisse submerger. J’écris une scène avec une joie immense.

Puis je fignole, c’est un travail de ciselure. Tout se fait par d’infinis clivages. Ce n’est jamais fini.

En réalité, il faut distinguer les romans pour enfants qui ont été, à une exception près les seules à être publiés, des textes pour adultes non publiés, à une exception près de son vivant (puisque Anne a fait publier ensuite « La sente terminière »).

Et parmi les écrits pour la jeunesse, à côté des romans qui mettent en scène des personnages imaginaires (même s’ils sont nourris par sa propre vie), il y a « Paul et Louise » et les deux autres ouvrages de ce qu’elle appelait la trilogie.

C’est, précisait-elle, la mise en scène d’anecdotes dans un paysage. L’ordinateur interne savait ce que je voulais dire. J’ai écrit en patchwork. Tout s’est mis ensuite en place.

Elle sépare bien ces ouvrages pour la jeunesse de ce qu’elle écrit pour elle. Et elle constate:

(03 93)

J’ai peut-être acquis un style mais je le consacre à l’invendable pour les adultes. Je ne peux pas écrire du vendable pour les adultes je crois. C’est un niet plus que vital, un refus existentiel.

Elle évoluera à la fin de sa vie puisqu’elle acceptera que soient publiés, dans « l’Instant exact » des textes poétiques pour adultes.

C’est justement avec cet autre flot que je voudrais continuer mes propos. Et parler de ce qui n’était pas forcément couché sur le papier. Il me semble que c’était comme un fleuve qui l’emportait, dans ce qu’elle appelle une histoire d’amour avec les mots.

Non seulement elle éprouvait du plaisir à s’emparer des mots qui jaillissaient pour les utiliser, comme la plupart des écrivains, mais elle ressentait également une jubilation à se laisser posséder par eux sans les traduire en phrases.

(6-89)

Les mots voltigent en vols secrets et tenaces. Joie d’être en puissance de mots, même muette (…)

et qu’ils sont beaux les mots non écrits.

(12 89)

Je suis en pleine immersion poétique! Vous savez les fées qui vous fichaient un coup de baguette et dès qu’on ouvrait la bouche il en sortait une fleur ou un crapaud, mais moi ce sont des poèmes.

Chaque fois que je sombre c’est la même chose: un bûcher de mots flambe en moi et il brûle avec le massacre obscur et intime qui me tenaillait… Ce ne sont pas les poèmes qui comptent (ils ne sont jamais que de la cendre) mais la démarche salvatrice, l’exutoire impérieux. Rien n’est plus doux que cette immersion mugnificente. Je me dis (bien que je la refuse d’abord jusqu’à me battre contre) que j’ai vraiment là une énorme chance…

(…) ça vaut le coup de vivre avec les mots une histoire d’amour comme celle que je ne cesse de vivre même quand je n’écris pas.

Quand les mots flambent ils sont en nuée. Je ne sais jamais ceux que j’ai dits. (Je vais finir en vraie fadade!)

Il n’y a rien d’étonnant alors à découvrir qu’elle avait noté aussi:

(10 95)

Dans mon armoire, dans des sacs, des kg de mots, des kilomètres de lignes, des phrases agencées et reprises, recommencées.

Je vais brûler le tout. Mais je garderai la dernière mouture de « Marie, les mots et le jardin ».

J’aurais dû photographier la pile des 9 à 10 moutures successives. Chacune repartait amenuisée, de la précédente mise au net… L’épaisseur était dégressive. J’aurais mis dessus la dernière, celle que je garde. Elle a 46 pages. Celle du dessous en possédait 200…

Quelqu’un aurait pu étudier comment les phrases vont leur vie quand on leur permet de renaître.

(12 01)

J’ai trop écrit. Pourtant j’ai cent fois tout brûlé…

En mars 93 elle constatait:

Les thèmes sont à contre-courant de cette vie de fin de siècle. Ils sont en avance, car je ne les crois pas en retard. Ils le furent peut-être mais on y revient.

Pour terminer je reprendrai une phrase qu’elle m’avait confiée, qui montre qu’elle puisait non seulement dans sa propre vie mais aussi dans les échanges qu’elle avait avec tous ses correspondants (ils étaient très nombreux).

In 93

Un jour l’éditeur m’a dit: Avec la correspondance, vous perdez un temps infini. Je lui ai répondu: et le terreau?

 

Nouvelle d’un printemps (inédite,1988)

Pour finir le mois d’avril en cette période de lune rousse, une nouvelle, écrite en 1988… en une période sûrement identique… !
cadeau d’avril ! découvert au fond d’un classeur inexploré ! 

A la fin de Mars, l’année où il fit si froid, Inès, un jour,  n’accepta plus l’idée de grelotter avec indifférence dans ses vêtements des quatre saisons qui la nippaient aussi l’hiver.
Comme elle n’allait pas au ski, elle ne possédait pas de chauds équipements. Et comme elle était née à Saint-Zacharie-la-montagne, elle avait jusqu’ici toisé de haut les frimas de la plaine et, en habits de ville, elle se bornait à avoir froid sans en faire toute une histoire.
C’était comme ça depuis cinq ans.
Et, soudain, elle ne pourrait pas l’admettre un jour de plus ? Et juste à la fin de l’hiver ? Quelle mouche la piquait ?
« On est fin mars, ma fille !  » se dit-elle avec sévérité, « les tulipes vont éclore et la météo prophétise… »
N’empêche ! Avec une énergie fébrile, elle déversa sur son lit ses fonds de tiroirs et de poches, le boudinage d’un chéquier et fit de grands calculs qui n’excluaient pas les centimes, puis elle s’écria OUAIS ! en sautant au plafond.
OUAIS ! elle se trouvait assez riche pour acheter tout de suite une combinaison fourrée, un anorak extra, les meilleurs après-skis possibles.
Toute affaire cessante, elle courut dans un magasin qui avait troqué, en vitrine, les vêtements d’hiver contre ceux de printemps, et elle fit déballer les stocks avec des ordres volubiles.

-Vous achetez aussi les skis? demanda le vendeur.
elle le regarda étonnée : elle n’allait pas aux sports d’hiver! Elle restait ici, à Romans!
Le vendeur l’enferma dans quelques regards soupçonneux.

Dérangée et prise de court, elle rétorqua vivement que c’était son droit d’avoir chaud.
Et elle ajouta aux achats des moufles, un bonnet de mohair et de longs caleçons fins.
Le vendeur acquiesça, aimable, d’autant plus qu’elle allait lui laisser un semblant de fortune.

« Je suis folle » se dit Inès une fois dehors et passablement encombrée. J’ai acheté tout ça en quatrième vitesse comme s’il y allait de ma vie, moi qui réfléchis cent sept ans avant d’acheter trois mouchoirs ! Qu’est-ce qu’il se passe dans ma tête ?..
J’aurai bonne mine si le redoux arrive …

Il arriva.
Et le soir même.

Les calculs de la météo avaient poussé le froid du côté de la Sibérie et de grands coups d’air chaud purent entrer en Dauphiné… et dans l’ouateuse épaisseur de l’anorak d’Inès.
Ayant grelotté soixante jours, Inès crut bon de se dédommager et elle ne quitta pas son équipement flambant neuf … D’ailleurs, début avril on ne se dévêt pas d’un fil…
Cependant, l’air avait un pré-goût de printemps cablé par la Provence qu’il avait humé au passage et les arbres des places s’en tortillaient d’attente. Mais pourquoi donc Inès, à contre-courant des saisons -et à contre-courant d’elle-même-  avait-elle investi tout ce qu’elle possédait dans des fringues pour froid qui allaient lui être inutiles ?
Inès avait parfois des raisons inconnues qu’elle aurait volontiers jetées par dessus bord mais elles se cramponnaient, sournoises, inexplicables, jusqu’au jour où, comme ça, elles remettaient leur clé dans ses mains étonnées…
C’était, soudain, comme si la vie perdait patience devant l’étroitesse des gestes, leur lenteur, leur obscurité. Le temps d’une décision, elle ôtait à Inès la gouverne d’elle-même, alors la décision partait seule devant -et la suive qui peut!, elle avait ses repères on comprendrait plus tard, fallait sortir de là !

« J’ai bien une raison! » se répétait Inès , à l’affût de cette raison.
Elle devait bien, aussi, en avoir une pour téléphoner, le soir même, à Saint-Zacharie-la-montagne et en appeler un qui était resté au pays.

-Ben alors, dit Jean-Jacques, si j’m’attendais à ton coup de téléphone ! Qu’est-ce qui t’arrive, Inès?
– Rien rien ! dit vivement Inès. Une pensée comme ça .
– J’en suis touché. Mais t’as bien, tout de même, une autre raison que celle-ci ?
– Ecoute, dit Inès, c’est complètement idiot : ce matin, je me suis offert un équipement de montagne. C’est ridicule en presque avril… Mais… j’ai pas pu faire autrement.

« J’ai pas pu faire autrement » lui avait déjà dit Inès, il y a cinq ans, le jour où elle avait quitté sa montagne natale pour suivre un estivant qui lui promettait la vallée, la lui avait donnée puis s’était retiré.
– Jean-Jacques ? tu es toujours au bout du fil?

S’il y était …
Inès, sa petite étoile des neiges…
Quatre fois l’an il descendait dans la vallée mais elle ne voulait pas revenir au pays habiter ce chalet qu’il construisait en pensant à elle et qu’elle n’avait jamais vu…

– Ecoute, dit enfin Jean-Jacques, ici y’a de la neige. Prends ton mois de vacances et débarque au chalet. Que ton équipement te serve à quelque chose !

S’il y avait une logique dans l’achat de ses nippes chaudes, se retrouver à la montagne,  le col de l’anorak remonté jusqu’au nez,  devait mener plus loin que cette logique obscure.

– Chiche ! dit Inès. J’arrive.
Elle régla tout, son travail, sa vie, en une seule journée et arriva avec un car à Saint-Zacharie-la-montagne.
Jean-Jacques et ses chiens l’attendaient.
Bonjour bonjour. Inès s’assit sur le traîneau, Jean-Jacques debout devant elle, bien campé sur ses jambes.
Et le traîneau les emporta dans de grands giclements de neige qui fusaient de leurs sept couleurs en égrenant des soleils verts.
Inès riait. Les chiens couraient. Et Jean-Jacques posa la question rituelle  (à laquelle Inès répondrait comme elle le faisait chaque fois »t’es fou fou, Jean-Jacques, non !)
– alors Inès, on se marie ?

Inès cessa de rire.
Le ripement du traîneau sur la neige sciait l’air comme une musique de galaxie ou de grands-fonds.

elle s’entendit répondre d’une voix qui était plus que la sienne :
– Je n’étais pas venue pour ça… mais si j’y réfléchis…
– Quoi ? dit Jean-Jacques interloqué.
Et, se tournant, il la regarda doucement.
Elle serrait autour de son cou le col chaud de son anorak. Son bonnet de mohair enfoncé jusqu’aux yeux elle souriait. La course et le vent froid cinglaient de rose son visage. On aurait dit qu’elle n’était jamais partie.
Jean-Jacques était debout à l’avant du traîneau, moulé dans sa combinaison de ski, sa figure de proue fendait solidement le vent. Il se taisait. Parfois, un bref cahot jetait Inès contre ses jambes.
Il dit enfin, montrant en bas de la pente un joli toit de lauses – Cramponne-toi ! on va foncer sur le chalet. C’est chaque fois, ici, une course d’enfer : les chiens sont fous dans cette dernière descente.

Elle appuya d’abord sa joue.
Puis, elle encercla des ses bras les jambes arcboutées, vibrantes.
Elle restait là, confite et chaude. La vitesse échancrait la neige à des dimensions d’arc-en-ciel.
Que c’était bon de fondre enfin après cinq ans de glaciation dans la vallée.

Le traîneau s’était arrêté aux portes du chalet.
Jean-Jacques cherchait dans ses poches.
– Mes clés ! dit-il enfin en les faisant tinter comme des clarines d’alpage.
– Donne ! dit  Inès vivement.
Elle prit les clés, chaudes des poches de Jean-Jacques, et ouvrit elle-même la porte.

Le soleil entra le premier.
Elle s’apprêtait à le suivre, 
– attention à la marche ! dit Jean-Jacques en la retenant.
Inès sourit..la marche, elle la savait,  l’ayant déjà franchie se précédant elle-même.
 Avec un rire heureux, elle saisit la main de Jean-Jacques et se cria « J’arrive ».
Alors, tranquillement ils tapèrent leurs bottes pour laisser la neige dehors et ils descendirent la marche.