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Edito de Mai 2024

J’aime la profusion d’avril même si elle éreinte au jardin !… l’herbe qui s’exalte haut et dru, les massifs qui en disparaissent, la glycine géante qui embaume et s’épétale tout de suite en épais tapis, les couleurs vives des tulipes qu’il faut dégager de l’envahissement des herbes sauvages, la démesure qui émerveille, le vert cru du pré en fond de déclinaisons tendres, chaque arbre, chaque plant dépliant sa nuance… pointillisme du printemps qui éclabousse et réveille, éclats d’être … mars qui passe le relai à avril.

J’aime cette folle démesure qui chaque année reprend les rênes et nous emporte, exaltés et renouvelés, en direction de l’été… écervelés aussi …car la démesure est aussi bien dans le  froid, chaque année surprenant et chaque année rappelé aux noms de tous les saints (de glace) et « chevaliers du froid » mêlés… chaque année, la fantaisie oubliée et déconcertante  du froid qui menace, on l’oublie !

Quand les premières chaleurs se trouvent brutalement démenties par les menaces de gelées, les galopades du vent, glacé et hautain, excessif en tout… cette démesure-là qui alerte, fige, déçoit, dément les prémices de joie, piétine l’enthousiasme au jardin, scelle cru les promesses de pousse, les renvoie, les annihile… ce versant là, ce printemps double-face, on a une ferveur tenace à l’oublier ! nous l’effaçons avec candeur et sincérité de nos souvenirs et semblons le redécouvrir chaque année ! étrangeté rebelle de notre mémoire sélective !

C’est pourtant bien de cette étoffe là que le printemps est fait, de démesures contrastées. Les anciens le savaient dont les dictons nous font parfois sourire… « avril, ne te découvre pas d’un fil… »

Alors, vivement mai ? … « en mai fais ce qui te plaît »… en oubliant ostensiblement le passage des cavaliers tardifs qui vont aussi peut-être encore tenter de nous rafraîchir la mémoire… ?… « C’est après le 13 mai qu’il faut planter… » ( le 14 mai , « le bon St Boniface entre en brisant la glace »).

Joyeusetés contradictoires du printemps ! (et confusions des saints et cavaliers si l’on consulte diverses littératures ! d’ailleurs, ils ont, paraît-il, changé de noms!)

Des nouvelles de l’asso, en arrière-texte de ces turbulences ? Petits travaux divers, de mises à jour informatiques en réflexions sur les textes, de contacts suivis en préparations de lectures… pour être honnête : une période un peu trop calme en créativité, plutôt riche en mises à jours et jardinages intempestifs ! 

Cependant, les projets lancés suivent leur route.

Le prochain rendez-vous de La Bastelle sera le 21 mai. Nous aurons beaucoup à échanger  ! A partir de 18 H à La Bastelle.

Trouvé dans Jean de Bise, cette évocation du printemps : 

« 6 mars 1774.
Six mars. Le printemps se devinait  aux premières nivéoles cueillies aux pentes des bois entre des flaques de neige.
(…)
– Le printemps bientôt! observa Gaspard passant près du presbytère.

– Et il s’avère nécessaire ! L’hiver fut très froid après un été trop sec. Le printemps peut-être améliorera les choses. Mes vieux os s’en réjouissent.

-le printemps me plaît aussi déclara Gaspard. Mais je file au plus vite. Le travail m’attend (…)
(…)

Malgré la neige encore là, en plaques éparses dans les creux de la terre et aux versants nord des murs et des arbres, le curé s’assit sur le banc de pierre près de sa porte cochère.
Le printemps ouvrait toujours une ère nouvelle aux travaux des champs et à la vie du village et (…) il se mit à repenser à ces dernières années. 

Il voyait surtout la petite alouette (Thilda) que sa soeur et lui avaient élevée depuis le décès de sa grand-mère.(…). Que de chemin parcouru depuis ses seize ans où elle chansonnait les garçons sur les chemins et où Jean de Bise enjambait ses palissades! 

Chacun avait pris sa route pour parachever son adolescence.
Et le curé aimait bien contempler leurs vies en marche vers ce mariage qu’il célèbrerait (…)
(…)

Mathilda brodait chez les dames Valfont.
Elle y broderait jusqu’aux épousailles.
(…)

-Quoi ? demanda vivement Thilda
-Eh! … comment expliquer ces choses ?
Qui pourrait bien exprimer ce vif-argent, ce soleil, cet arpège, ce feu follet qu’était Mathilda ? Quel terme pourrait être la fois ce qu’il désigne et son contraire ? Un rire les yeux en larmes? Une chanson de sanglots ? Des mots grondant de silence ou bien des silences grondant de paroles ? Et que tout cela soit vécu pour lui, par lui, avec lui jusqu’à ce que lui, Jean de Bise le taiseux, comprenne l’incompréhensible.
Alors, il résuma tout du mieux qu’il le put :
– tu es… tout ce que je désire.

Elle était, à chaque fois, mieux qu’il n’avait espéré.
Elle était une surprise sans cesse renouvelée.
Et il attendait le jour du printemps qui les marierait, comme la fagotée dans l’âtre attend qu’on batte briquet pour flamber de toutes parts.
Pouvait-on décrire une flamme vive ?
(…)

Et le printemps vint avec les violettes et les primevères, les bourgeons et les oiseaux pépiant dans la lumière, les murailles tièdes où coller le dos pour sentir la pierre croire déjà au soleil.

Et le mariage de Thilda et de Jean de Bise arriva le même jour dans tout cet éveil.
(…) »

Les pages qui suivent sont un trésor de littérature … à lire, absolument !
Elles décrivent la fête de mariage au village, les chants des  « bûcherons accroupis en rond autour d’un feu rallumé « .
-T’as pas oublié nos chants ?
-Non, dit Jean de Bise. Comment oublier ce qui fait partie de l’âme? »

et bien au-delà… , 
« la liesse villageoise spontanément accordée au bonheur des mariés» …

Puis, dans les paroles de Diane de Charvis, l’évocation d’une époque de révolution qui se profile,
« Je viens de comprendre votre force obscure… C’est une puissance invincible… s’il vous plait,  chantez encore. Un chant de labour, de sueur, de peine (…) Dédiez-le aux mariés, comme un cadeau rare : il est issu d’un passé de misère ramassée… (…)

« des personnes influentes se préoccupent de votre destin. Vous n’êtes plus seuls, oubliés dans vos collines (…)
mais chantez d’abord ce que vos pères chantèrent… »

… Et Jean de Bise fut le dernier livre jeunesse publié par Anne Pierjean.
Trouvez-le, absolument, il est à lire  sans limite d’âge.

(D’ailleurs, comme de nombreux livres d’anne Pierjean destinés à la jeunesse, celui-ci est davantage, à mon avis, à donner à lire aux adultes !) 

Edito d’avril 2024

L’édito d’Anne

Quel son de cloche retenir…? Dans Anne des Collines, ses mémoires, Anne Pierjean évoque le décès de son père un vendredi saint, l’année de ses huit ans… et les flonflons de la fête du lundi de Pâques qui suivait…  la catastrophe d’un deuil mêlé à la liesse d’un village dans la ferveur d’une résurrection sacrée… et celle du père, espérée à l’identique, qui ne viendrait pas.

Dans son histoire, aussi, surgissent les souvenirs de sa mère Louise, dont la mère, divorcée, disait que les cloches ne sonnaient pas pour elles… exclues des messes et des fêtes religieuses, de la vie du village et tenues à l’exemplarité pour compenser.

Le glas, sinistre, entendu de loin par l’enfant qu’elle était, et le cortège d’obsèques en marche vers le cimetière, scruté depuis le «Blizard », son refuge secret à l’écart du village…

Toute sa vie, écrit Anne Pierjean, les vendredis saints seront vécus depuis ce prisme d’enfance cinglée par l’imprévisible et l’inadmissible de la mort… toute sa vie, la reconstruction et la persistance de l’ombre tutélaire et porteuse d’un village qui a su sa détresse d’enfant et l’a aidée à survivre, à croire en la vie et à redécouvrir la joie possible et son goût du bonheur, fermement plantée et ancré en elle dans sa prime enfance… « Mes parents s’aiment.. et je niche dans cet amour»

Quels sons de cloches faut-il laisser résonner, qui scandent la vie et la mort, l’espérance et l’interdit, la détresse et la fête… ?

Au travers de ses souvenirs et de ses romans, n’y eut-il pas aussi les cloches qui invitaient à la guerre, sonnaient le rassemblement ? Et celles des victoires et des retours ?… des mariages, des baptêmes, des enterrements et des alarmes? Ballants des cloches battant sur tous les plis de la vie tramée par la parole rituelle des hommes en temps (et tant) de religion…

Ce matin de Pâques, je marchais dans une rue, une enfant à la main, quand les cloches ont développé leur chapelet de gloire. Les oeufs étaient cueillis et nous allions faire le gâteau traditionnel… la douceur était au rendez-vous et l’histoire continue.

Après l’AG du 16 mars, la réunion de bureau et le compte-rendu, les dés sont jetés : la lecture d’une nouvelle aux allures de conte, dans le jardin le 30 juin : « Les yeux bleu barbeau »,

une lecture-balade avec pique-nique à la bibliothèque de St Avit le 6 juillet, découverte du village et rencontre-échange de lecteurs de tous âges , puis le forum des associations début septembre et une farandole de mots d’Anne Pierjean fin septembre.

Des dates à affiner, des lieux à confirmer, des textes à choisir pour St Avit et pour la farandole des mots, des rencontres avec le service de la culture, le foyer Louise Vallon, l’école Anne Pierjean… construire des projets !

Les librairies prenant peu de livres en dépôt, gardez en mémoire que le recueil « si je regarde par-dessus l’épaule de ma vie » est accessible au siège de l’association: 15€, C’est un cadeau apprécié par ceux qui le reçoivent!

Contact : annegrangeon@gmail.com ou au 06 08 15 64 05 ( laisser un message avec vos coordonnées).

À bientôt


Edito de Mars 2024

Prélude au printemps… L’humeur du moment est vagabonde, constructive, active, occupée à préparer l’A.G., à faire des bilans, des projets, à vivre intensément ce qui s’est transmis et se poursuit, tricoté d’émotions : l’association, la maison, le jardin, les livres, pensées et mots, puissants, en partage…

Les ponts lancés sur le temps, d’hier à maintenant, à demain, c’est, parfois, comme la douceur d’un châle inattendu posé sur nos épaules qui, d’un coup, se trouvent contenues, réchauffées. Alors, les ombres portées de tout ce qui nous habite et nous lie s’amplifient, s’animent, nous ré-ancrent dans la vie.

« Dans trente ans, vous me répondrez en regardant des fleurs, en contemplant le ciel, et vous me convierez, par un souvenir conservé, à la chaleur de la minute… »

Clairvoyance, confiance, assurance… Ces mots de 30 ans, d’Anne Pierjean, touchent juste : à chaque printemps, mon regard répond en rencontrant les touffes de perce-neige, primevères et violettes obstinées, jonquilles écarquillées, en repérant les feuilles pointues des tulipes et les tiges rouges des pivoines qui percent la terre, en s’émouvant des jacinthes et des cyclamens qui, devenus sauvages, continuent d’habiter le pré.

Dialogue par-delà le temps.
Oui, « ensemencer » est un bien joli mot… porteur de vie, de promesses, de durée, de souffle. Un mot à dépasser le temps.

Notre AG, « ordinaire » comme le dit la tradition, se tiendra le 16 mars à La Bastelle , à 14H.
Pour nous, c’est un rendez-vous d’amitié et de souvenir, de considération et d’admiration (il faut oser le mot) pour tout ce qu’Anne Pierjean  nous a laissé, inscrit dans le temps, à savourer encore.

Si vous êtes libre, venez :
Au-delà de la réunion qui fera le point de l’année écoulée et introduira concertation et discussion, nous partagerons un moment de lecture surprise, puis le verre de l’amitié.

Le 24 mars à 18H : prochaine rendez-vous de La Bastelle. Pensez aux lectures que vous aimeriez  partager.

A bientôt
anne

Edito de février 2024

La vie en a décidé ainsi, cet édito est un adieu à Roger que nous venons d’accompagner dans ses derniers pas…

Bouleversée d’apprendre son décès le 22 janvier par Maryse, sa femme, et très émue,  je reviens  de la cérémonie d’obsèques où tant d’amis étaient venus témoigner… une foule d’amis autour de sa famille… j’écris sa présence continuée.

Roger et Maryse Amblard m’ont aidée spontanément à créer les fondations de l’association Anne Pierjean, les mots et le jardin, en tant que Trésorier et secrétaire, en 2017. 

Roger aimait profondément son village d’enfance, St Avit, et était intimement concerné par l’hommage rendu à Anne Pierjean, qui, comme lui, était née à Chateauneuf de Galaure et avait passé son enfance à St Avit. 

Il m’avait retracé la géographie et le plan des lieux en nommant les habitants de chaque  maison du village à l’époque de leurs enfances, avait créé le site et le gérait, bien qu’il ait cédé la place à un nouveau trésorier (et Maryse à une nouvelle secrétaire, appelés tous deux par leurs autres nombreuses occupations).

Ils m’ont encouragée, et très activement mis le pied à l’étrier, dès le jour où venant répondre aux questions de l’Université Populaire qui rendait hommage à l’oeuvre d’Anne Pierjean, j’avais évoqué le projet de lancer une association pour faire écho à son écriture : « nous serons là pour t’aider » et, quelques temps après, ils l’ont été, avec efficacité et pertinence.

(on trouve sur le site le texte de « la ferveur d’écrire »,  module présenté par Elisabeth Voreppe à l’UPVD, en 2015 je crois…)

Le site de l’association porte la « marque » de Roger, le portail en est illustré par ses photos, et il en a créé la structure, les pages, l’arborescence… 

La ligne des trois becs reste, pour moi,  indestructiblement attachée à la vue que j’ai découverte depuis la maison de Maryse et Roger, où je suis allée « travailler » avec eux pour peaufiner les pages du site, les statuts de l’association, ses projets. Ligne claire, présente  et lumineuse, liée à Roger.

Roger et Maryse ont étroitement participé à nos premières actions, réunions à La Bastelle, lectures publiques, rencontres à la bibliothèque de St Avit et sont restés solidaires et actifs après avoir cédé leurs fonctions. Le site a été géré par Roger jusqu’à aujourd’hui, il me déchargeait de tout l’aspect technique et le mettait à jour régulièrement.

J’étais loin d’imaginer recevoir, lundi, ce message m’informant de son décès… loin de penser qu’il venait de gravir, ces dernières semaines, sa « sente terminière », et que ses proches devaient, là, au bout de ses derniers pas dans cette vie, lâcher sa main…

« Doucement, disait Paul quand la montée se faisait rude. Arrêtons-nos un peu  : il faut savoir prendre la mesure du souffle… Profitons-en pour admirer : nous ne reviendrons pas par là ».

Cette phrase inscrite en exergue du recueil d’Anne Pierjean, La sente terminière, me parle du bois de Suze, de St Avit qui lui fait face, de Roger et de nos familles qui se sont côtoyées dans ces collines et au-delà puisque nous avons retrouvé, ici, à Crest, nos souffles pour continuer…

Maryse aussi est de ces Collines et je les associe étroitement tous deux à ce chemin de mémoire et de transmission respectueuse, presque tactile, d’une terre et de son histoire.

Nous avons à plusieurs reprises égrené les souvenirs, souvent rieurs et toujours très vifs et émouvants, de ces ancêtres qui nous ont mis sur la voie de nos vies. (Le film « mémoires vives en Drôme des collines », qui figure sur le site, en témoigne)

Alors, aujourd’hui, pendant que la cérémonie des adieux se poursuit en Drôme des Collines, c’est un merci que j’ai envie d’inscrire pour jalonner cette route nouvelle que prennent nos vies… car à chaque départ, notre route s’infléchit, inéluctablement… « nous ne repasserons pas par là »…

Un merci pour cette présence efficace et dévouée, pour l’amitié et pour la continuité, le soutien et la confiance donnée.

j’aimerais insérer une photo … et voilà que je ne sais pas faire… c’était Roger qui prenait le relai pour cet aspect des éditos… Son absence s’inscrit dans notre histoire… Absence-présence vive qui nous accompagnera (écrit le 26 janvier).

La vie qui continue m’appelle à évoquer brièvement l’actualité de l’association : l’AG s’organise, réunions préparatoires et réflexions actives. Comme l’an dernier, elle devrait se dérouler par courrier pour recueillir le maximum de votes, et en présentiel, pour le plaisir de se rencontrer et de partager des textes car elle sera accompagnée d’une lecture. Elle se tiendra à La Bastelle.

La date n’est pas encore définitivement fixée :  ce sera  fin mars, compte-tenu des contraintes diverses.

…..

          

une petite modification dans notre actualité : La réunion habituelle de La Bastelle, qui a lieu le 21, tous les deux mois, sera exceptionnellement reportée au lendemain 22 Janvier… et cela  pour une excellente raison : La bibliothèque de St Avit a prévu un hommage à Anne Pierjean, à l’occasion de la nuit de la lecture.

Pour ce que j’en sais, des lectures seront faites par des enfants et une petite exposition est prévue.

Cet hommage aura lieu le 21 à 17 Heures à la Bibliothèque Anne Pierjean-Robert, à St Avit, et je tiens à y être présente. 

Rendez-vous donc le 22 janvier à La Bastelle, à 18 H ! nous partagerons, comme de coutume, les lectures d’Anne Pierjean que nous aurons aimées, croisées, rencontrées ou relues ces derniers temps et, bien sûr, quelques gourmandises !

2O24
Edito de Janvier 

Derniers jours de décembre, marche concentrée vers la fin de l’année, quelques pas encore et cette année sera close…. c’est toujours un peu inquiétant de clore comme inquiétant de changer… alors une brève, faite de sensations, d’impulsions et d’élans de vie, en perspective des pas suivants :
Qu’elle soit éveillée et consciente, pleine et sereine, curieuse, attentive et respectueuse, lucide et toutefois rêveuse, fiévreuse, critique, notre façon d’être au monde, à la vie, à l’autre. 

A entendre la musique d’une langue que je ne comprends pas assez pour être distraite de sa mélodie, je prends toute la mesure de cette nécessité impérieuse d’échange qui nous lie, nous fonde et nous nourrit.

Résonance, écoute, accueil, réponses, ajustement,  sont des vibratos essentiels que l’on perçoit bien lorsqu’on est privé de l’expression et de la compréhension instantanées, immédiates, données, évidentes et gratuites… Tout en nous se mobilise pour ne pas rester isolé, seul.

Entendre et se faire entendre.
Partager.

Pensées, alors, pour ceux qui, en exil ou en guerre, vivent cette suspension forcée et ce renvoi en soi, non choisi.  Le mur de l’autre quand il est hostile … 

Rien de cela ici, bien sûr.
Une des phrases de chinois que j’ai le plus pratiquées depuis le début de mon séjour a été « j’entends mais je ne comprends pas », selon l’expression consacrée et que j’ai aimé apprendre  :
un distinguo, une précision, parfaitement justes et utiles dans la communication, qui maintiennent le lien actif et vivant : « j’entends » (oui, oui, je suis bien là, j’entends, je perçois) mais je ne connais pas le sens… Atténuée, la négation ne tient pas toute la place et, de part et d’autre,  on cherche immédiatement une solution pour passer le barrage !

Parler, laisser couler ce que l’on entend, ressent, articulé en mots, transmettre ce que l’on demande, ce que l’on est, et sentir que l’on est compris est un privilège fabuleux, de l’ordre simple de la joie, qui porte loin.

Sans lien direct,  une phrase lue ces derniers jours, résonne pourtant (in Paris-Beyrouth de Jacques Weber) : « aujourd’hui Jocelyne m’a demandé de choisir un texte à dire sur la scène d’un théâtre où nous devons tourner. Les jours s’accumulent, la guerre désenchante tout. Plus que jamais j’ai choisi Beckett et l’Innommable, où l’homme ne sait pas ce qu’il attend, et attend de savoir qu’il ne sait plus. »
Je laisse en suspens… 

Une fin et un début d’année qui nous poussent vers le désenchantement mais nous invite d’autant plus à la foi en l’humain et ses capacités à entendre… 

Edito de décembre

Je vois de loin arriver décembre, les oiseaux chantent dans les manguiers du jardin et un enfant joue dans la maison d’à côté. Des mots que j’entends et ne comprends pas, des sons inhabituels, le soleil s’apprête à passer derrière les montagnes, il est 16H18… dans une heure il fera nuit noire, en cela je me rapproche des sensations des décembre que je connais … en cela seulement, car il fait chaud et j’ai jardiné ce matin comme nous le faisons au début de l’été, du temps qu’il fait encore frais.

L’énergie de tenter de comprendre et de parler m’enveloppe dans une bulle, j’en arrive à chercher les mots d’anglais les plus courants quand je tente de m’exprimer par défaut ! … ce que je n’ai pas envie de m’accorder, d’ailleurs ! je préfère feuilleter intérieurement mes capacités en chinois et je conclus souvent que « je ne sais pas dire » ou je bredouille des mots approximatifs, on m’aide, ou pas, on me parle, je comprends encore moins, on sort le portable pour utiliser le traducteur… et je n’aime pas cet anglais qui tombe et, solutionnant informatiquement la phrase, m’empêche d’apprendre !

Mon dictionnaire et mon traducteur internet m’accompagnent quand même, au-cas-où il y aurait une nécessité urgente de se faire comprendre !  mais j’essaie de trouver les formules simples avec mon pauvre vocabulaire … quand j’y arrive c’est souvent en pure perte car ma prononciation n‘est pas à la hauteur des phrases qui sont peut-être, parfois, relativement correctes grammaticalement ! alors, toujours … sourires, saluts, renoncements, gestes et indulgence : on s’assure de savoir de quel pays je viens, on hoche la tête avec sympathie à l’évocation de la France.
Il faut dire que dans cette province du sud de Taïwan, on parle davantage taïwanais que mandarin.
Le lendemain, on me reconnaît et on me salue.

Ce village, dont le nom signifie « porte de l’eau » est à dimension humaine, traversé par une rivière qui galope et actionne une roue à eau, rencontre des vannes et file droit vers un lit caillouteux, infiniment large pour la recevoir… elle s’y perd en zig-zag mais sa vallée passe sous de longs ponts suspendus que j’irai traverser pour le plaisir du mouvement. En perspective, on en voit plusieurs et, au-delà des ponts, on me dit qu’il y a des villages traditionnels qu’on visite. Les aborigènes, premiers habitants de l’île, habitent dans de nouveaux villages, construits pour eux, sur les hauteurs de Shuimen, maisons au carré, jolis jardins, rues désertes croisées perpendiculairement, avec application…
Ils tiennent souvent les magasins à Shuimen et sans doute beaucoup travaillent dans les villes alentours.

Mes promenades m’ont conduite entre des maisons bordées de plantes, plus souvent plantées dans des pots ou des bacs  alignésqu’en pleine terre. Chaque maison, ou presque, a sa vasque remplie, ou son bidon coupé, où s’épanouissent des lotus. Aux grilles sont accrochées des orchidées, aux arbres des plantes parasites ou épiphytes, je circule entre les manguiers et autres champs d’arbres fruitiers inconnus, des plantes vertes sur-dimensionnées, de celles qu’on installe dans nos salons (en tout petit !) ou dans nos jardins, l’été, pour les rentrer soigneusement l’hiver.

Les routes sont essentiellement fréquentées par des scooteurs, quelques voitures et des bus. Peu de place pour les piétons, les marcheurs (je devrais dire la marcheuse que je suis car il y en a très peu) se glissent dans une bande très étroite, entre une ligne blanche et l’herbe, la largeur des hanches, pas plus !
D’ailleurs, on m’a vite repérée et on m’a proposé un vélo, je roule maintenant plus souvent que je ne marche dans la voie cyclable !

Dans la maison, l’influence japonaise se mélange aux habitudes de campagne et de pays tropicaux : dans le bac à douche, un petit tabouret de bois, bas, des bassines et une casserole suspendue invitent à s’asseoir et à faire ses ablutions avec le même soin que nos anciens, sans laisser le pommeau de douche couler à flot. Le confort est là, l’eau est chaude, recueillie dans de grands réservoirs qui surplombent les maisons et j’ai eu plaisir à découvrir ces gestes vus dans des films…

Les chambres ont un plancher légèrement sur-élevé, on glisse ses chaussures d’intérieur dessous, les chaussures d’extérieur ont déjà été déposées à l’entrée, et des matelas très fins sont posés à même le sol.
Dans certaines boutiques, en ville, on pose aussi ses chaussures, avant d’entrer, sur des étagères prévues pour ça, et on enfile des claquettes.

La nourriture est partout, toute prête, odorante, offerte par des étals variés, dans des gargottes au bord des rues, ou de minuscules restaurants populaires… On y mange à la chinoise, à la japonnaise, à la taïwanaïse je suppose, des fritures, des bentos, des bao (pains cuits à la vapeur et fourrés à la viande), des raviolis, du riz sauté, et tous les morceaux de viande les plus étonnants, pattes de poulet, pieds et couenne de cochon, lard frit, croupions, foie, cœurs, crêtes, tripes…
De bonne heure, la vie s’éveille ostensiblement vers 6 H du matin, ces étals sont très fréquentés, on fait la queue pour s’acheter un petit déj taïwanais typique, omelettes aux herbes, galettes feuilletées, cuites sur de grandes plaques, bao, sandwiches, hamburgers taïwanais, nouilles, galettes… l’abondance, seulement du salé, et un grand verre de café au lait de soja, généralement froid. J’ai vite compris que ce qu’on appelle café n’est pas du café mais en a la couleur !

La cuisine de la maison que j’occupe est équipée de l’essentiel : une bouilloire pour purifier l’eau, un frigo et un cuiseur de riz, peu de vaisselle et peu d’ustensiles, apparemment on n’y cuisine guère. La coutume et la facilité sont d’acheter un plat dans la rue, voire d’y manger, rapidement.
Les voisins, pourtant, m’ont invitée, le premier soir, à boire un verre avec des plats maison et m’ont apporté, hier, un grand bol d’une soupe fameuse, … ils m’ont aussi déposé des gâteaux l’après-midi (chauds, achetés en ville), des fruits, en guise d’accueil.
Et les offrandes se renouvellent !

On trouve toutefois quelques  marchands de légumes, de viande crue, de fruits. Je vais m’acheter un panier local et faire mes courses, cuisiner aussi !

La débauche d’emballages surprend et choque les européens que nous sommes, sacs plastiques à profusion, pour le moindre achat, multiplication effrénée des emballages individuels… que l’on retrouve au bord des rues et partout, malheureusement, comme les mégots de cigarette et les canettes de boissons.

Le temps que j’écrive, la nuit s’installe. 17H22.
Le ciel est orangé doux. Les moustiquaires confortables, à toutes les portes et fenêtres, protègent la soirée si on prends soin de ne pas laisser la prote ouverte trop longtemps! quelques géko veillent…

Une nuit douce avance, tiédeur agréable, les coqs s’entrainent déjà, les chiens sont calmes, ils parleront plus tard… il y en a beaucoup alentours, attachés, quelques-uns circulent tranquillement ou dorment étalés à l’ombre. Ceux du voisinage ne me disent déjà plus rien quand je passe, ils ont compris, je suis du lieu.

J’entends le balai qu’on passe dans la cour d’à côté, quelques bribes de phrases échangées.
Les familles mangent tôt.

Cette première fois où je m’échappe en novembre a une saveur subtile d’été prolongé et la légère tension sous-jacente d’un petit challenge. Je me laisse glisser dans un temps inconnu… les mots et expressions me viennent peu à peu. la Joie domine.

Une balade en terre inconnue a commencé un matin tôt, avant la chaleur, vers le « taÏwan indigenous People Culture Park » (cette fois c’était aussi écrit en anglais) : un immense pont suspendu à traverser, puis l’entrée du parc, encore désert. Le pont suspendu très haut au-dessus de la rivière, ne balance pas, fermement arrimé, petite déception après une légère appréhension! Un ancien pont est au-dessous, bien en-dessous, condamné.
Les deux autres ponts suspendus que j’ai traversés ensuite, plus anciens, moins grandioses, ne balançaient pas non plus mais, étroits et surplombant une forêt luxuriante où on devine à peine une rivière, ils étaient plein de charme. De ceux-là, on était au niveau du sommet des arbres, parfois fleuris de grandes fleurs roses … la forêt embaumait par endroits, j’y ai trouvé ensuite les maisons traditionnelles recomposées ou des ruines, et les cigales (sans doute quelque insecte de ce genre ?) ne se taisaient même pas à mon passage.

Pour la première fois, je vous envoie un édito lointain, décalé, désynchronisé des préparatifs de fête et des frimas, en marche vers ces nouvelles et ultimes « premières fois » à vivre, peut-être vers un nouveau souffle, en dégustant les jours, heure par heure, et un certain déphasage…
J’ai mis deux jours à réaliser que ces interjections que j’entendais de temps en temps devant ma porte ou dans le jardin, comme des cris un peu furieux, c’était mon prénom…  « Anna »… !
A chacune de mes sorties, les têtes s’inclinent et je reçois des sourires, comme dans toutes les campagnes et les montagnes du monde, peut-être … ?

Pas de citation d’Anne Pierjean, cette fois ses pas n’auront pas précédé les miens, terra incognita … ce sont, à l’inverse,  les pas de mes enfants  et de ma petite fille qui m’auront précédée et invitée… 

Anne

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Nouvelles du livre hommage

Le livre « si je regarde par-dessus l’épaule de ma vie… » a été envoyé à ceux qui le souhaitaient, une pile d’exemplaires attend ceux qui viendront le chercher, et, bien sûr, si vous n’aviez pas prévu avant, il suffit de vous manifester pour en demander un !


Les premiers exemplaires ont été expédiés samedi à  ceux qui avaient souscrit et je mets à disposition les exemplaires retenus, au siège de l’association.

   

Bien sûr, il y en aura aussi pour ceux qui n’ont pas réservé ! 
Contactez-moi pour les retirer ou venir en acheter!
tel : 06 08 15 64 05 ou mail : annegrangeon@gmail.com

Précision pour les envois internationaux, des amis lecteurs belges me l’ont demandé qui, par ailleurs, n’ont plus de chèques depuis longtemps ! (pardon pour ma méconnaissance !) :
la pré-commande (souscription) peut se faire par virement international U.E. (à demander à leur banque en fournissant le Rib de l’association) et les frais d’envoi sont de 7,50 € jusqu’à un envoi de 500 gr (c’est-à-dire jusqu’au poids de 3 livres!)

Comment contribuer par souscription (cliquer ci-dessous pour agrandir)

 

 

Voici le RIB du compte de l’association au Crédit Mutuel ,
à CREST (26400) :

ANNE PIERJEAN, LES MOTS ET LE JARDIN
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Elle a eu beaucoup de correspondants, d’amis de rencontres littéraires, alors rassemblons les mots écrits, les témoignages, comme une vaste mosaïque

 

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Je voudrais qu’à me lire on n’entende qu’une voix parmi d’autres essayant de murmurer le plus grand nombre… si bien que chacun pût faire sien les mots qu’un seul d’entre eux aurait ruminé, parce qu’il était fait comme cela peut-être ? ou que les donnes de sa vie eurent besoin de dire pour survivre ?

alors, les mots épars l’enveloppèrent en nuées et il tenta à cru, à vif, et dans l’urgence, d’en discipliner l’essaim fou ? en tous cas de l’apprivoiser jusqu’à cet instant salvateur ou suzeraineté et allégeance se confondent — et ce ne saurait être  ni question de talent ni question de génie mais d’écorces tombées jusqu’à l’aubier ouvert, jusqu’à l’impalpable sève captée que chacun transcendera à sa mesure.

J’aurai toute ma vie dit cela inlassablement en tous mots et en toutes phrases : la source des sources est à tous et il faut parfois que quelqu’un puise pour réveiller des soifs qui restaient en besoin tout au fond de l’obscur de soi   — et le seau n’est rien dans l’affaire qu’une poignée de main humaine.
Anne Pierjean, extrait de lettre à Raoul Dubois, 2001

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