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31 Août 2020

« Paul et Louise » est le premier livre de ce qu’Anne Pierjean appelait sa trilogie dauphinoise.

En hommage à sa mère Louise et son père Paul, elle l’avait écrit après s’être imprégnée longuement de rencontres avec les anciens de leur village et des villages proches, au cours de veillées où elle les avait longuement écoutés…

C’est un hommage à leur génération, un hommage à la terre, et à l’amour qui traverse les générations et les drames en y inscrivant la vie dans toute sa force.

Ainsi parlaient-ils, mi-patois mi-français, de ce qu’avaient été leurs vies avant 1914, pendant, au-delà et à l’arrière de la guerre.
Ainsi s’est inscrite, dans ces trois livres, une chronique d’un temps passé mais qui nous parle encore, et fort.

En émotions, angoisses, en perceptions et intuitions, humaines… en sentiments profonds et simples comme l’amour, la peine, la solidarité, l’entr’aide, le sentir de la terre, et, en-dessous, la sensation, à fleur de peau, de s’inscrire comme un maillon dans la chaîne de l’histoire… qui brise, parfois, et parfois construit, va de l’avant, en tous cas.

« Paul et Louise » est d’abord une belle et forte histoire d’amour qui commence dans l’enfance… « ils s’aimèrent sans le savoir… ils s’aimèrent et le surent »)

Après ce « Paul et Louise » il y eut « Loïse en sabots », un autre versant de cette guerre… et la mise en abîme d’autres amours, d’autres guerres… celles qui « font des trous » comme le dit un des personnages … il s’agit encore de la guerre de 14, et des paysans à l’arrière (le garde qui passe dans les campagnes, un crêpe noir au képi, pour annoncer un deuil dans une ferme… et ceux qui le regardent passer, appréhendent son passage…).
Le récit ne nous épargne rien de l’impensable de la guerre vécue à l’arrière, celle-là ou une autre (préfigurant un autre livre « le temps de Julie » où il s’agira de la guerre de 40)… mais il le fait en mots qui suggèrent un au-delà des faits, décrivent en orfèvres les sentiments et font apparaître en filigrane ce que chacun est, au fond de lui-même, faisant exploser parfois l’horreur de l’incertitude au quotidien, ou le bonheur animal d’une naissance comme l’insoutenable d’un deuil.

Plus tard, dans « Saute-caruche », c’est de paternité qu’il s’agit, de découverte des racines et des secrets qui changent la vie du tout au tout.

La lecture de « Paul et Louise » dans le cadre du jardin cher à Anne Pierjean, a permis à certains de découvrir une auteure et aux autres de la retrouver. J’espère qu’elle aura donné à tous le plaisir et l’envie de la lire ou relire.

Au temps de cette trilogie, parue entre 1975 et 1977, aux Edition G.P, rééditée ensuite en Castor Poche (et dont Louise aura eu le temps de lire le premier livre), des critiques littéraires reconnus comme Marc Soriano et Raoul Dubois, envisageaient qu’elle pourrait entrer dans le domaine de la littérature classique.
« Paul et Louise » eut 5 Prix prestigieux.

Ce sont des textes à lire et entendre au rythme de son cœur, en prenant tout le temps d’en savourer les mots.

Anne G

 


Accueil à partir de 18 H,
le temps de vous installer confortablement!
à La Bastelle, 47, avenue Agirond à Crest

Lecture dans le jardin mais masques recommandés tout de même.

Parking proche:  champ de Mars

L’ Edito d’Anne

Edito Août 2020

Août, août, août, aux grands chambardements de passagers de l’été, aux chaleurs suffocantes, aux fleurs estompées de soleil, au pré grillé, aux orages espérés, aux siestes imposées, aux cigales attendues, aux balades en montagnes, aux grillades joyeuses enfumées de spirales anti-moustiques, aux petits vins du val de drôme dégustés entre amis … août, août…

Déjà des pensées et des anxiétés d’arrière-saison mais août dans le présent, en vacances dont il faut profiter à tout prix. Déjà des pensées refoulées de rentrées, refusées, bousculées mais perceptibles malgré soi.

Les étoiles filantes qu’on cherche au ciel, le soir, les lectures légères qu’on digère à l’ombre, les bilans souterrains de l’année écoulée jusqu’à juin, du creux de cette pause estivale, sacro-sainte et partagée, vantée malgré les contre-chants, illustrée de festivals, abrégés cette année mais rappelés, pensés, remplacés… été oblige, fatigue et rêves d’évasion, pause salutaire, emballement profond d’une vieille mémoire d’enfance qui gambade aux prés d’alpages et s’approche des ravins, le cœur battant….

La vie court…

Les arbres qui chantonnent et bruissent dans le vent qui ride l’eau, les bonheurs d’enfants qui s’échappent dans le courant, les sommets qui se font attendre et emballent le cœur, la vie majuscule entre deux états d’être… Que sera la rentrée ? Que sera le retour ?

Que sera l’hiver aux nouvelles inquiétudes ? Que sera la suite ?

Etre en majuscules pour croquer le présent à plein élan.

Que sera l’Association ? elle vivra, elle sera, en mots toujours, en mots lus, en mots écrits, en mots partagés … d’une manière ou d’une autre, nous trouverons le pas.

Quelques mots de « Paul et Louise » que la compagnie Zazie 7 lira dans le jardin le 30 aôut prochain, si tout va bien …
Il y est question d’août :

« …une drôle de peur qu’il ne savait formuler mettait un malaise en lui. On vivait 1913. Il était de la classe. Il allait être conscrit avant de partir à vingt et un ans. Or de mauvais bruits passaient.
(…)
– De guerre ? avait dit Fernand Bivier. Parlez pas de couillonnades ! moi, je n’y crois guère. De guerre on en parle depuis bien longtemps et puis les choses s’arrangent.
(…)
– ça couve, ça couve opinait le voyageur qui ne démordait de rien.
(…)
La guerre il n’en voulait pas et, pour couper court, il acheta deux chemises au voyageur-discoureur qui plia bagage et rentra son pessimisme au fond de sa barbe.
(…)
Mais Paul gardait dans son coeur une inquiétude profonde. (…) … cette obscure peine lourde.
S’il n’y avait eu que lui…
Mais il y avait Louise…
Et le Maset où les terres demandaient tant de travail…

Et puis tant de vie en soi faite pour servir la vie, élever des bêtes et greffer des arbres : toutes ces choses qui poussent, qui verdissent, qui bourgeonnent, qui s’entrouvrent à leur tour pour donner la vie…, toute cette vie des terres et des bêtes, des plantes et des êtres, qui niait la mort, qui niait la guerre…

Un soir, Paul était assis sur la margelle du puits.
Louise aussi se trouvait là.
Il tira le seau, le posa à terre et prit Louise dans ses bras.
-Louise, s’il y avait la guerre ?
– Ne parle pas de malheur, dit Louise tout bas. Mais je t’attendrais aussi longtemps qu’il faudrait.

Paul regarda Louise, si fraîche, si jeune, qui voulait le droit de vivre, de vivre avec Paul, comme lui voulait le droit de vivre avec Louise en payant de son travail qui ne lésinerait pas.

Il dit : « ce serait absurde » et se rassura un peu, comme si l’absurde était exclu de la vie –passé, présente et future– de la condition humaine.

Il redit tout bas: «ce serait absurde », et serra Louise très fort.

Alors il laissa quelques moments ses angoisses.
Louise dans ses bras barrait un temps l’horizon.
Et ils regardaient la lune se lever énorme et rouge au-dessus des sapins noirs. 

Et la guerre vint le 2 août 1914, avec ses tocsins sur les chaumes blonds, et de grands vols de corneilles s’envolèrent des clochers, striant de cris noirs le ciel d’un bleu dur »

tiré de « Paul et Louise », Anne Pierjean, 1975.

Edito mi-été 2020

De juin en juillet peu de changement si ce n’est le déconfinement et les projets qu’on ose doucement reprogrammer… l’été s’avance à grand vent, grillant tout sur son passage ! les dates annulées ne sont pas encore reconduites précisément, vacances et prudence obligent… si les conditions le permettent, j’espère que nous nous retrouverons à Allex et St Avit en octobre ou novembre, pour les lectures initialement prévues en juin.

Notre actualité presque immédiate est une lecture de «Paul et Louise », le 30 aout prochain : lecture d’extraits choisis pour retracer l’histoire d’enfance et d’amour de Paul et Louise, jeunes paysans en Dauphiné, à l’approche de la guerre de 1914.

Le roman d’Anne Pierjean, adapté et théâtralisé par Hélène Gaud a déjà été lu dans ce même jardin, de manière un peu confidentielle, en 2015 par la compagnie Zazie 7… C’est elle qui m’a proposé une reprise durant la période où le temps suspendu nous préoccupait…  nous amenait à annuler toutes les dates prévues et à en poser d’autres, à tout hasard, sur le calendrier d’été !

Cette lecture se passera dans mon jardin, La Bastelle, 47, avenue Agirond, à Crest :  Le dimanche 30 août à 18 H.


Une participation de 10 € ,« raisonnée et raisonnable », sera demandée.
Nous serons heureux de partager ce moment et le verre de l’amitié ensuite.

Le 5 septembre nous serons au Forum des associations, j’espère vous y croiser nombreux à nouveaux.

Je vous y parlerai du nouveau projet de l’association Anne Pierjean, les mots et le jardin :
la création d’un atelier de lecture à voix haute, à la rentrée :  Passeurs de mots.

Cet atelier sera animé par Claudine Delaine, fervente lectrice qui a mis en scène de nombreux textes et qui, revenue dans la région, a toujours été habitée par la passion des mots.

Elle a déjà mis en scène une lecture hommage de « l’Instant exact » d’Anne Pierjean, en 2003, et guidera avec bonheur ceux qui auront envie de s’initier à la lecture à voix haute ou de se perfectionner… une approche du bonheur de partager en prime !

Cet atelier permettra à ceux qui le souhaitent de s’exercer à lire à voix haute des textes de leur choix, d’Anne Pierjean et d’autres, de septembre 2020 à juin 2021.

Il se déroulera chez moi chaque semaine, dans la maison où Anne Pierjean a vécu et écrit : jour et heures restent à préciser, en tenant compte des avis et désirs des premières personnes intéressées qui me joindront au 06 08 15 64 05.

L’horaire sera plutôt en fin d’après-midi après les heures de travail ou de classe, si des lycéens sont intéressés.

Le « travail » de l’année se clôturera par une présentation publique. Des détails d’organisation restent à régler mais l’idée est lancée ! j’espère la mise en route dès que possible d’un petit groupe motivé par le plaisir de lire et de transmettre de beaux textes!

Bel été, bonnes vacances et à bientôt !

Edito juin 2020

Deux mois sans écrire ni édito ni journal de confinement, alors que je pensais faire le contraire !

Deux mois à vivre, carpe diem, au rythme des heures, des nouvelles, des films, des lectures, des fleurissements successifs du jardin, des pensées pour soi et pour les autres… deux mois qui ont tranché dans le rythme des jours, des soucis et des occupations ou préoccupations, installé une différence, par moments infime, quasi invisible, impalpable, et par moments surréaliste, surdimensionnée, énorme, entre un « avant » et un « après » envisagé…

Au fondu-enchaîné de la reprise des sorties sans dérogation, l’esprit et le corps ont mis du temps à se rejoindre au même pas. Le temps d’un déconditionnement progressif… sans que je parvienne vraiment à savoir lequel, du corps et de l’esprit, est en avance sur l’autre.

La ré-assurance est maladroite, hésitante. La vie semble reprendre alors qu’elle n’a jamais cessé. Les gestes de la vie restent constants, pourtant tout ne se remet pas en ordre comme avant.

Les projets de l’association ont été suspendus : les interventions en classe, interrompues, ne pourront pas reprendre avant les vacances d’été, les lectures prévues en juin, à Crest et Allex, seront reprogammées, celle de septembre à St Avit n’est pas encore fixée.

Rien ne presse.

Une lecture de « Paul et Louise » est cependant prévue le 30 Août, dans le jardin de La Bastelle, par la Compagnie Zazie7. 

L’association tiendra un stand, cette année encore, au Forum des Associations de Crest, le 5 septembre et continue sa route, en conscience et réminiscences.

                                                  *           *         *         *         *

Une citation attribuée à Confucius, retrouvée dans mes notes m’a fait sourire, récemment, et me paraît tellement pertinente :

« L’homme a deux vies, la seconde commence lorsqu’il s’aperçoit qu’il n’en a qu’une ».

Edito d’Avril 2020

Ce que l’on est ? Qu’importe.
Le temps est révolu. Transmettre
le DIRE, en mots épars
mais d’un seul cri.
Ce qu’est le cri ? Qu’importe
seule la chaleur compte.
Garder les mains nues
et ouvertes.

Anne Pierjean

Ce mois de mars a passé si étrangement. Si vite aussi. Je n’arrive pas à réaliser que nous sommes à deux pas d’avril.

Pourtant le printemps est bien là et je l’ai célébré tous les jours, éblouie de ses instants successifs…
Pourtant le tulipier a déployé son voile rose puis ses feuilles vert tendre…
Pourtant tour à tour les arbres fleurissent et les tulipes pointent et les pivoines se préparent, rouges pointes aiguisées qui sortent vivement de terre, robustes.

Le temps est suspendu bien qu’il s’écoule et passe.
Il est irréel et je le regarde, incrédule.

J’ai cru écrire un journal de confinement et j’ai tant lu et entendu que je ne l’ai pas fait.
Il me semble vivre deux temps parallèles dont un ne s’imprimerait pas…

L’isolement qui dure installe dans un drôle de mouvement intérieur, repli, craintes, pensées confuses …

Je n’aime pas sortir… aller déposer mes poubelles à 50 m me fait peur… je recule chaque jour au suivant… rien ne presse que de rester à l’abri… un abri totalement fragile, se protéger, protéger les autres, respecter, préserver, opérer, choisir, trier, définir les priorités… fouiller au fond de soi.

Une émotivité fleurit, fugitive et vive au bout de mes cils pour des presque rien, un mot, une image, un mouvement sur le net, des paroles offertes…
Signal de tout ce mouvement souterrain qu’il ne faut pas négliger.

Anne en mars 2020

et puis…

Edito de Mars 2020

Le 6 mars reste le jour de l’anniversaire d’Anne Pierjean, je retrouve dans ses notes ce souvenir émouvant :

« Petite fille,
ils ont semé le jardin que je sème et où tu viens grandir.
Ils ont semé la vie que j’aime et que tu viens aimer.
Ils ont reçu, ils ont donné.
Ils sont partis, tu continues. 


Le seul poème de mon père dont je me souvienne.
Il en faisait un pour mon anniversaire et pour les fêtes, et je les récitais à Maman ». 1997

Réminiscences transmises. Je relis. Et ses mots me rejoignent…
« Ils ont semé ce jardin que je sème et où tu viens grandir »…

Mars m’a imposé son rythme, intensément consacré en son début à des travaux dans la maison… Mes gestes pour la faire belle se sont inscrits en souvenirs, silencieusement offerts, ils ont chuchoté intérieurement comme à la préparation un cadeau d’anniversaire.
Le jardin, lui, parle fort !
Le tulipier, planté à l’angle sud, nous offre sa floraison superbe. Je sais qu’elle l’a aimé. Je continue.

Ma vie accompagne la vie qui fut ici, aux derniers pas… « Ils ont semé la vie que j’aime… »

L’actualité de l’association est un peu suspendue par les vacances scolaires : les enfants de la classe d’Eurre ont emporté des livres d’Anne Pierjean et m’en parleront à la rentrée. Nous reprendrons notre cheminement pédagogique vers leur propre écriture, leur éveil aux mots à voix haute et à l’émotion qu’ils tricotent.

Les enfants d’une classe de l’école APJ m’ont écrit, suite à la nuit de la lecture et m’invitent à un moment de partage. Bien sûr, cela se fera !

A bientôt

Edito de Février 2020

Une marée d’amandiers en fleurs, là-bas, embrassée ces derniers jours, dans ce sud où je garde quelques racines.

Les chatons des noisetiers, ici, dans le jardin où les primevères ont percé tôt. La saison reste fraîche mais chaude en même temps, aux mi-temps de journées surprenantes de lumière… de cette lumière intense qui caresse les branches rosissantes et attise les bourgeons.

Tout se prépare au printemps, déjà… l’air balance et chuchote ses souffles devant un ciel d’ardoise, du côté du Diois. Il siffle le froid d’ailleurs, pris aux montagnes.

Le dos contre un mur, je savoure l’instant, un lézard file entre les pierres.

L’assemblée générale 2020 se tiendra le 8 février, à 14H30, à La Bastelle, 47, avenue Agirond, à Crest .

Bienvenue à tous ceux qui ont envie de partager bilan et projets, selon les coutumes !…
… Et une petite surprise pour clôturer l’après-midi avant le verre de l’amitié.

Un texte d’Anne Pierjean pour nous accompagner :

« Toutes ces voix qui se sont tues et qui savaient dire la joie de la rosée, du soleil et des fleurs… et des moments superbes où parfois toute pensée s’absente.

Car il arrive que penser n’a plus de sens tant Etre efface la matérialité du pas.

Se sentir Etre, un instant, intouchable, ineffable, impalpable, par l’intangible de la Joie qui vous enlève sur la complicité d’un rien… Un rien, mais on se trouvait là, en appétence, alors l’apesanteur, qui ne nous prend que disponible. »
                                                                                                écrit le 17 décembre 1999.

Nuit de la lecture du 17 janvier 2020

Une belle rencontre à l’Ecole Anne Pierjean lors de la Nuit de la lecture du 17 Janvier.

Nous avions soigneusement préparé des lectures, choisis nos textes avec attention, minuté nos temps de lecture, répété, répété, imaginé… puis préparé une présentation de l’auteure afin de compléter ce qui est inscrit dans le Hall, sur la plaque dévoilée en Décembre 2004 !

Nous avons été touchés bien au-delà par les réactions des enfants qui se sont peu à peu transmis le message durant la soirée et au fil de leurs déambulations d’atelier en atelier : tu connais Anne Pierjean ? sa fille est là … et qui sont venus vérifier comment c’est la fille d’une auteure dont l’école porte le nom !

Des yeux émerveillés, des questions en flopée, des invitations à revenir pour répondre, dans une classe ou une autre… certains enfants n’ont peut-être pas entendu les textes lus mais ils ont saisi quelque chose d’autre, essentiel, confusément ou clairement (car les questions m’ont ébahie), de l’ordre d’une transmission qui opérait… grâce à l’écriture et grâce à la lecture.

Le programme était alléchant, concocté par les enseignants des deux écoles, Maternelle et Primaire, qui jouait avec les mots, leur magie et leur espièglerie, leur fabrique et tous leurs possibles : il invitait au voyage 

                                                               Lecture en folie
                                                  Notre fabrique de phrases
                                                               Escale en poésie
                                                              Pluie de phrases
                                                       Des films, des frissons
                                                             Jeu d’écriture
                                        Albums racontés par les maternelles
                                                 Lecture d’Anne Pierjean

L’accueil a été joyeux, textes de Salvatore dès l’entrée, pour jouer avec les tables de multiplications, mots à double sens et autres conjugaisons, accompagnés par les musiques cadencées des Triambules.

Rires et applaudissements ont d’emblée été au rendez-vous pour lancer la balade libre entre les ateliers proposés par les enseignants et où les enfants avaient à jouer, écouter ou  montrer leurs réalisations à leurs parents.

Nous étions dans une classe spacieuse où nous avons pu exposer quelques livres d’Anne Pierjean et documents tirés de ses archives, manuscrits corrigés, histoire de ses écrits, exemples de son travail d’écrivain… et où nous avons installé notre scène de saltimbanques , des bancs autour !

Les extraits étaient drôles ou tendres, ou les deux, tirés de « l’école ronde » (dont une maîtresse avait déjà offert une lecture en classe), « Marika », « Cher Monsieur, Bégonia », « David et Sylvie au drôle de
pays », « Stève et le chien Sorcier » , « des bêtes pour Nane », et les enfants comme leurs parents se sont succédés à l’écoute.

En fin de soirée, dans le grand hall, une lecture a été faite par Claudine Delaine d’un morceau choisi de « Cher Monsieur Bégonia » : un extrait qui clôturait cette soirée d’amitié avec des mots comme savait les inscrire Anne Pierjean au fil de ses pages, savoureux, tendres, aiguisés de drôlerie et tissant, peu à peu, une émotion toute en douceur, de celles qui  s’accrochent imparablement à l’oreille et au cœur, mine de rien… une maîtresse avait bien annoncé qu’on avait même coutume, ici, de fermer les yeux pour mieux écouter !

Alors que tous rangeaient leurs affaires, des enfants se sont attardés autour de la rencontre avec écriture et lecture : « tu es Anne ? alors on sait que tu as des frères et comment ils s’appellent ! », « et où ils sont tes frères ? », « tu écriras sur nous, un jour ? », comment on écrit une histoire ? », « tu sais écrire un autographe ? », « tu habites dans le quartier ? » … Nous nous sommes quittés sur l’idée de se revoir, si les maîtresses le souhaitent, et ma promesse de répondre aux enfants qui auraient envie de me faire lire leurs récits de cette soirée !

Le printemps des mots était déjà en marche, ce chaleureux soir de janvier !

Anne G

Edito de Janvier 2020

L’Edito d’Anne

Janvier 2020

Un simple rappel, à cet an que ven : « La Bastelle aux deux Marie » est en ligne, dont le sous-titre est A l’an que ven… !! ouvrez vite le site pour cette lecture de circonstance !

Le manuscrit a été publié sur notre site tel qu’Anne Pierjean l’a laissé. Il est en cours de dernière re-lecture pour le mettre « en forme » selon les normes exigée.

Il offre déjà le plaisir de lire un conte pour adultes, aux premiers frimas de Janvier, dans un pays provençal un peu imaginaire, un peu crestois, de partout et de nulle part, comme savait les décrire Anne Pierjean qui a mis, dans ce manuscrit, beaucoup d’elle en filigrane…

Elle écrivait en page de garde, d’une écriture manuscrite à l’encre bleue :
J’ai écrit cette histoire pour moi et l’ai souvent relue comme un réconfort.
Il y a, je crois, un peu de vrai dans ce beau rêve.

Cette histoire est aussi une confidence que je voulais vous faire : J’aime les maisons comme cette Bastelle... Toute ma vie j’aurai tenté de créer la mienne” ...

Elle faisait vivre, ici, par ses attentions à tous, saisons après saisons, son désir que sa maison ait quelque chose de cette Bastelle, « ressourçante », où les blessures pouvaient venir se réparer… mine de rien.

Notre année va s’inaugurer par une participation à la nuit de la lecture à l’école Anne Pierjean, le 17 janvier : soirée offerte par les enseignants et la bibliothécaire aux enfants de l’école et à leurs parents.
Ce sera l’occasion d’offrir à l’Ecole quelques livres nouveaux à ranger  dans sa bibliothèque (où il est constaté que les élèves empruntent souvent « Marika »), et d’informer un peu les enfants : pourquoi leur école porte ce nom, qui était Anne Pierjean, qu’ écrivait-elle et  comment … ?

Un petit groupe de lecteurs se prépare pour cette lecture, avec soin et plaisir, depuis quelques semaines.

Le projet pédagogique à l’école d’Eurre, a été un peu décalé : il débutera en février et se poursuivra comme prévu sur 7 ou 8 semaines. Il se clôturera par une présentation publique aux parents, au printemps… la date sera, bien sûr, précisée en temps utile !
En cette année où la lecture orale est mise à l’honneur dans les établissements scolaires, nous allons avoir le plaisir de lire ensemble !

Un florilège de textes poétiques d’Anne Pierjean, publiés ou non, plutôt ceux pour adultes, se prépare aussi assidûment avec l’aide de Claudine Delaine et ses talents de mise en scène. Le lieu et la date d’une présentation devrait se définir lors de la prochaine AG qui se tiendra le 7 Février prochain à 18H 00.

Elle sera l’occasion d’échanges fructueux, comme l’an dernier, je l’espère, et se terminera autour des spécialités de chacun ! à grignoter ensemble.

Ce sera un moment de bilan et de projets, d’échanges et de rencontres autour de l’écriture et de ce qu’elle transmet.

Je vous souhaite une belle année, chaleureuse et ouverte, pleine de santé, riche en lectures, rencontres, créativité et échanges

Anne

Pense-bête :
A. G. le 7 février à 18 H,  
Chez Anne Grangeon : La Bastelle, 47, avenue Agirond, Crest

Edito de Décembre 2019

1er Décembre…
On ouvre avec les enfants et petits-enfants la première fenêtre du cahier de l’Avent !

Pas à pas vers Noël, des pas bottés un peu lourds et insistants, en lumières enguirlandées, fééries programmées, fenêtres animées et merveilles à concocter !

Pour l’heure, il pleut. Novembre est entré dans son costume de grisaille et joue son rôle à merveille ! le ciel qui s’ébroue souvent n’empêche pas le bonheur des feuilles de lumière.

Tournent, tournent les surprises, soleil et pluie s’embrassant, s’embrasant, se perdant et se retrouvant entre les nuages, fraîcheur et chaleur comme tirées au sort, imprévisibles et joueuses.

Les couleurs sous le gris demeurent somptueuses.

*               *               *

Concrètement, l’association prépare une lecture et sa participation à deux projets avec écoles et bibliothèque, début 2020 : participation régulière à un projet pédagogique à l’école d’Eurre (sous différentes formes, à l’intérieur de classes de CM, durant quelques semaines) et participation à la Nuit de la lecture à l’Ecole Anne Pierjean, événement public, le 17 janvier à partir de 19H30.

Depuis quelques temps, un petit groupe de lecteurs se réunit régulièrement pour choisir des textes à lire, composer un florilège de textes d’Anne Pierjean, plutôt poétiques, échanger et se heurter avec délices à la difficulté de faire passer les mots !

Il nous faudra, en son temps, trouver un lieu où présenter publiquement ce moment choisi, de préférence au printemps.

En Janvier, se tiendra notre Assemblée générale avec la nécessité de renouveler le Bureau. Celles et ceux qui aimeraient participer activement à la vie de l’Asssociation seront les bienvenus et peuvent me contacter pour raffermir nos rangs !

Aujourd’hui, j’offre en partage, pour cet automne déjà bien avancé, un texte d’Anne Pierjean, sorti de ses cartons. Il s’agit d’une lettre à de lointains lecteurs-amis.

 

Pensées d’automne

L’automne m’est précieux comme une fin de floraison -un total de floraisons peut-être?- un achèvement somptueux et superbe de ce que promit le printemps et de ce que fut l’été.

Dans le soleil et dans le vent, les arbres ont vécu notre vie, à leur place essentielle d’arbre, qui respire pour nous sans que nous y pensions.

Ils ont courbé l’échine sous l’orage, attendu les pluies avec les mêmes soifs que nous avions en promenade quand l’étape est lointaine où se désaltérer.

En les regardant assoiffés, j’en ai aimé les pluies, les brumes, l’absence de soleil qui pansaient leurs écorces et qui lavaient leurs feuilles. Et j’ai aimé les boues qui faisaient vivre leurs racines  -et je n’ai été que merci quand, me promenant en forêt, je prenais leur souffle vert et qu’ils me parlaient de la vie.

Et l’automne s’en vient dans le ruissellement des lumières plus                         tamisées, la forêt est plus calme et nous arrive l’instant magique où chaque feuille quitte l’uniforme vert de l’été pour prendre sa couleur unique, son habit mordoré de fête : elle va se reposer.

Et le vent qui dénudera les arbres pour l’hiver offrira à la feuille sa première évasion : un vol libre dans la lumière, une fraction d’instant de lumineuse liberté après sa longue attache, son incessant travail.

Je n’ai jamais reçu une feuille d’automne détachée de son arbre sans être générée de vérités premières, simples et émouvantes.

Feuille superbe feuille morte, tu me parles de chrysanthèmes et de repos bien mérité, et tu me dis que tu t ‘effaces pour la jeune promesse du printemps qui nous reviendra dans un cycle où tu meurs, où tu retournes en terre pour que les arbres recommencent.

En attendant, je te regarde. Tu es or, tu es cuivre, tu es vermeil et incarnat. Tu es de cuir et de lumière. Tu es la vie.

Et je te veille, toi qui viens de finir ta belle existence de feuille, qui révèles si bien la plénitude des automnes, toi qui es unique et superbe comme tu ne le fus jamais.

Anne Pierjean
à mes amis de Niederbronn, 26 octobre 1995.