Edito de Juillet 2023

Edito de juillet 2023

Début d’été, festivals qui s’annoncent, mots en vadrouille et retrouvailles avec les cigales…
Le temps des moissons est passé… autour, les tournesols s’érigent en maîtres de l’horizon, sur fond de montagnes bleues, tandis que, tournées vers le sud, les lavandes développent leurs tapis ourlés, en marge de Provence.

« j’aime les mots qui ne sont pas sans le secours des phrases, j’aime les phrases qui ne sont pas sans ce qui les sous-tend et ne se montre pas.J’aime les textes que je ne peux freiner et qui fuguent vers la rencontre. »
Anne Pierjean dans « entrecroisements », collection I rouge, Juin 2001, Ed. Gaspard Nocturne.

 La rencontre… Maître-mot dans le parcours de vie d’Anne Pierjean … Elle se poursuit dans son sillage de mots, dans sa maison, accueillante et ouverte, à son image, bourdonnante de vie,  et grâce aux lignes de ses livres que nous relisons, parfois découvrons, échangeons, recherchons.

Rencontre et dialogue, échange et soutien de tout ce qui crée, innove, explore, entreprend, ose, partage, batifole aux confins des routines et raisons trop… « raisonnables »… l’auteur et la femme qu’elle fut nous invitent à ce « plus loin » qui enjolive les petits riens de chaque jour comme il nous fait ressentir, avec une intensité subtile, les ondes des drames vécus par ses personnages, portés par leurs  histoires de vie et par les flots de l’Histoire, celle qu’on dit la grande…

Anne Pierjean s’est aventurée loin dans l’écriture et nous laisse, au travers de son œuvre, mille sentes à inventer pour avancer dans nos propres vies, accompagnée par elle, peut-être, car les mots portent et les histoires font pétiller l’imaginaire, animent les berges et les à-côtés du chemin.

La Bastelle nous accueillera le 21 juillet pour un de ses rendez-vous gourmands où papillonnent ensemble les pensées, les souvenirs, les textes lus, les bons vins et les bons mets… Rencontres et assemblages de goûts, croisements d’émotions et sensations de lecture et de vie… Rencontres qui se recréent chaque fois et font fusionner les « sèves » porteuses… Se transmettent là, j’ose le penser, les paris de s’entendre au-delà de s’écouter, et de garder mémoire de ce qui nous a construits et continue de s’écouler en nous.

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 En souvenir du printemps :

« Un rossignol essaya un trille et le coupa net en l’éraillant. Il recommença deux ou trois fois sans jamais le terminer. Sylvie éclata de rire.
– Depuis deux ans notre rossignol chante faux. Nous n’avons pas de chance. Il n’arrive jamais au-delà de « J’mont’rai plus-plus-plus… »
– Parce qu’il chante « j’mont’rai plus-plus-plus » ?
– Bien sûr ! Vous ne le saviez pas ?
– J’mont’rai plus où ?
Elle rit encore :
–  Vous ne savez pas son histoire ? Il chante « J’mont’rai plus plus plus sur la vign’ » depuis qu’un soir en s’endormant il s’était laissé entortiller le pied par une vrille qui poussait trop vite.
Et il rit. Enhardi, il proposa :
– Si vous veniez manger une poignée de cerises ? Au clair de lune, elles sont toutes fraîches, elles n’ont pas le même goût.

Le cerisier était à l’angle de la cour. On voyait luire ses feuilles et les cerises paraissaient noires. La grande échelle blanche était blafarde et semblait se perdre dans la masse sombre des rameaux.
(…)
Ils s’installèrent dans les branches. Les cerises avaient un goût de nuit, un goût de lune, un goût de bonté aussi. Sylvie se sentait infiniment légère, portée par elle ne savait quelle satisfaction intérieure. C’était comme si un lien dur cessait de la serrer et de l’étouffer. »
Extrait de « L’innocente » paru en 1969, un des premiers livres d’Anne Pierjean…
déjà son écriture qui s’élance…