{"id":1099,"date":"2017-05-16T15:13:13","date_gmt":"2017-05-16T13:13:13","guid":{"rendered":"http:\/\/asso-annepierjean.fr\/?p=1099"},"modified":"2018-03-30T13:25:47","modified_gmt":"2018-03-30T11:25:47","slug":"upvd","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asso-annepierjean.fr\/?p=1099","title":{"rendered":"UPVD-1"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #0000ff;\"><em>(suite)<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff; font-size: medium;\"><b><span style=\"color: #000000;\">Il me semble que c&rsquo;est d&rsquo;abord une histoire de transmission<\/span> <\/b><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">La premi\u00e8re chose qui me vient \u00e0 l&rsquo;esprit c&rsquo;est le mot \u00e9vidence. Comme si, ce que la petite fille qu&rsquo;elle \u00e9tait avait re\u00e7u ne pouvait qu&rsquo;\u00eatre engrang\u00e9 pour \u00eatre redonn\u00e9 un jour. Cela suppose sans aucun doute une capacit\u00e9 d&rsquo;\u00e9coute et d&rsquo;observation assez pouss\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Je lui avais demand\u00e9 lorsque je l&rsquo;ai interrog\u00e9e en 93 ce qui avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9terminant. Elle m&rsquo;avait r\u00e9pondu:<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">J&rsquo;ai \u00e9crit \u00e0 cause d&rsquo;un papa po\u00e8te qui a racont\u00e9 beaucoup d&rsquo;histoires. C&rsquo;\u00e9tait, une fois lui, une fois moi. Un jour, il a \u00e9crit la premi\u00e8re ligne de ce que j&rsquo;avais dit&#8230;<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><span style=\"font-family: Arial,Arial; font-size: medium;\">Elle parlait souvent aussi des m\u00e9m\u00e9s conteuses de son village (Saint-Avit o\u00f9 sa famille a d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 alors qu&rsquo;elle \u00e9tait dans sa prime enfance), un village <\/span><i><span style=\"font-family: Arial,Arial; font-size: medium;\">o\u00f9 les grand-m\u00e8res avaient mission de raconter des histoires, en faisant la soupe par exemple. J&rsquo;en ai entendu tellement que c&rsquo;\u00e9tait normal que j&rsquo;en \u00e9crive&#8230; <\/span><\/i><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">J&rsquo;ai su lire tr\u00e8s vite car j&rsquo;avais envie d&rsquo;\u00e9crire, j&rsquo;avais des carnets pour \u00e7a.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">J&rsquo;ai eu envie d&rsquo;\u00e9crire toute ma vie. Au d\u00e9but de ma vie de femme, en \u00e9tant institutrice et avec mes enfants, ce n&rsquo;\u00e9tait pas possible. J&rsquo;\u00e9crivais des po\u00e8mes, que je mettais dans un tiroir.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Les po\u00e8mes, c&rsquo;est une sorte de soupape, d&rsquo;\u00e9tat de gr\u00e2ce<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">(03 90)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Je m&rsquo;enfermerais bien dans une vie cont\u00e9e. Mais je ne peux passer que par les mots d\u00e9sormais, et les mots passent par ma plume (&#8230;) et je d\u00e9couvre des joies contemplatives et immobiles ne pouvant faire mieux.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">L&rsquo;\u00e9criture, c&rsquo;est aussi une n\u00e9cessit\u00e9, comme un trop-plein de sa vie<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Je suis tr\u00e8s frapp\u00e9e par la sensualit\u00e9 de son \u00e9criture. Et j&rsquo;ai l&rsquo;impression d&rsquo;une source in\u00e9puisable qui ne nait pas dans le cerveau, dans l&rsquo;intellect, mais dans la vie qui parfois la submerge. D&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;id\u00e9e de trop plein. Comme si les mots ne pouvaient que jaillir en m\u00eame temps que les sensations. Comme si elle \u00e9tait immerg\u00e9e dans un oc\u00e9an de mots.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">J&rsquo;ai l&rsquo;impression qu&rsquo;il est difficile de dissocier sa vie de son \u00e9criture.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">(04 90)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">La vie se vit \u00e0 pleins bras, chaude et violente. Il faut la toucher de partout. Ce qu&rsquo;on ne peut atteindre par les gestes, on tente de l&rsquo;atteindre par les mots jet\u00e9s comme des mains (chaudes)&#8230;<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">(&#8230;)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Parfois j&rsquo;ai l&rsquo;impression que la vie et les mots me d\u00e9bordent. Je ne bouge plus, je ne dis rien. C&rsquo;est un bain illimit\u00e9 et je suis le d\u00e9bordement m\u00eame des mots et de la vie.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Je crois qu&rsquo;on peut parler d&rsquo;un besoin imp\u00e9rieux<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">D&rsquo;une \u00e9vidence absolue, comme elle l&rsquo;exprime elle-m\u00eame. Tout se fait, dit-elle, malgr\u00e9 elle. L&rsquo;\u00e9criture s&rsquo;impose.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">(11 87)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Elle (APJ) baigne dans quelque chose. Sa plume y baigne aussi. Tout se fait sans pr\u00e9m\u00e9ditation. Elle se regarde souvent de travers en se demandant de quoi elle se m\u00eale, et \u00e7a marche presque malgr\u00e9 elle.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">(Les mots), je n&rsquo;ai plus gu\u00e8re de libert\u00e9 vis \u00e0 vis d&rsquo;eux. Ils \u00e9crivent dans ma t\u00eate des livres que je n&rsquo;\u00e9crirai jamais, mettent au net des moissons h\u00e2tives, comme une meule perp\u00e9tuelle, m\u00eame en sommeil ils oeuvrent pour eux. Pour le plaisir? Peut-\u00eatre pas, mais pour le besoin c&rsquo;est s\u00fbr.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">C&rsquo;est une m\u00e9canique inarr\u00eatable, incontournable, et c&rsquo;est trop facile en moi pour ne pas m&rsquo;effrayer parfois. J&rsquo;aimerais me d\u00e9marquer mieux.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">(92)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Si on pouvait apprivoiser les mots pour traduire en clair (&#8230;.) Mais ces mots-l\u00e0 n&rsquo;existent pas car ils sont communs: on les lit par une intensit\u00e9 similaire, dans le blanc m\u00eame de leur force non entach\u00e9e d&rsquo;encre maladroite; ils n&rsquo;ont pas besoin de forme \u00e9crite ou orale&#8230; ils sont.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Ce besoin va tr\u00e8s loin, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;intime, puisqu&rsquo;elle peut livrer ceci:<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Il y a sensualit\u00e9 \u00e0 \u00e9crire, avec son corps, son \u00e2me, son sang.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">(03 93)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Il y a dans l&rsquo;\u00e9criture un jaillissement (une sorte d&rsquo;orgasme). Il faut trouver \u00e7a en toute gratuit\u00e9 et le reste viendra. On ne fait pas l&rsquo;amour pour passer \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9. L&rsquo;\u00e9criture non plus. C&rsquo;est une f\u00eate intime.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Je vais parler de la correspondance d&rsquo;Anne Pierjean. Qui de mon point de vue illustre les deux ressorts de son \u00e9criture: la transmission et la n\u00e9cessit\u00e9 absolue pour elle de s&rsquo;exprimer en mots.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">On sait qu&rsquo;Anne Pierjean passait deux ou trois heures par jour \u00e0 son courrier. Pour r\u00e9pondre aux enfants mais aussi aux adultes (et souvent ces adultes \u00e9taient les enfants qui avaient grandi).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Elle s&rsquo;est demand\u00e9e si elle \u00e9tait une \u00e9crivaine \u00e9pistoli\u00e8re. Elle n&rsquo;a pas r\u00e9pondu \u00e0 cette question.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Je pense personnellement que la transmission passait non seulement par ses romans pour la jeunesse mais aussi par ce canal de la correspondance. Et je pense qu&rsquo;elle s&rsquo;y adonnait avec le m\u00eame art.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">En effet, ce qui m&rsquo;\u00e9tonne, dans ce que j&rsquo;ai pu lire, c&rsquo;est non seulement la richesse des propos, mais aussi le style de cette correspondance. Or contrairement au temps pass\u00e9 pour les textes publi\u00e9s, la correspondance est par d\u00e9finition issue d&rsquo;un premier jet. A moins de d\u00e9truire une lettre et de la recommencer. Il est vrai que j&rsquo;ai aussi vu dans des lettres des ratures ou des petits morceaux de papier coll\u00e9s sur une partie du texte puis remplac\u00e9 par d&rsquo;autres phrases&#8230; Ce qui tend \u00e0 montrer qu&rsquo;elle avait l\u00e0, comme dans les textes publi\u00e9s, le m\u00eame souci des mots justes.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Cette correspondance est \u00e9galement, me semble-t-il, une mani\u00e8re de mettre au jour, des constats, des sensations, des v\u00e9cus, des exp\u00e9riences, bref toute la mosa\u00efque de ce qui faisait sa vie. De donner (donc de transmettre) un mat\u00e9riau existentiel lentement m\u00fbri. Et qui ne pouvait l\u00e0 non plus \u00e9chapper au besoin de dire&#8230;<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">(03 90)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">L&rsquo;\u00e9criture est, je crois, la chose qui demande le plus de gammes (&#8230;) Ecrire aux amis m\u00e8ne \u00e0 tout quand les amis motivent. Un jour \u00e7a coule, imparable. Et l&rsquo;on n&rsquo;est plus tourment\u00e9 par le besoin de dire.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">(10 92)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Qui m&rsquo;\u00e9crit, cherche en lui, et cherche \u00e0 piocher dans mes engrangements. Bien s\u00fbr il cherche dans le fatras -\u00e0 70 ans ce sont des myriades de pollens bruts, pas tous dig\u00e9r\u00e9s-. Qu&rsquo;un correspondant remue ces pollens, l&rsquo;affection aidant, je les remue moi-m\u00eame, et les mots s&rsquo;en emparent, le les lui donne un peu pr\u00e9sentables ou du moins compr\u00e9hensibles, m\u00e2ch\u00e9s je crois \u00e0 ses dents.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">(07 90)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Tout le monde t\u00e2che de vivre du plus confortable qu&rsquo;il peut \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de sa peau! J&rsquo;ai peut-\u00eatre les mots, non pour le dire, mais pour le faire sentir.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Comment \u00e9crit-elle?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Comment l&rsquo;\u00e9crivain travaillait-elle ses textes. Ce qui va suivre va nous montrer deux aspects de son \u00e9criture. Tout d&rsquo;abord l&rsquo;\u00e9tonnante facilit\u00e9 avec laquelle surgissaient les personnages et les mots. Ensuite le travail d&rsquo;orf\u00e8vre qui \u00e9tait le sien apr\u00e8s ce qu&rsquo;elle appelle le premier jet. La facilit\u00e9 n&#8217;emp\u00eachait pas, on va le voir, un \u00e9norme travail&#8230;<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Pour ce qui concerne le \u00ab\u00a0surgissement initial\u00a0\u00bb, Anne Pierjean d\u00e9crit une sorte d'\u00a0\u00bbemprise\u00a0\u00bb. Elle explique en tout cas qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas la maitrise par rapport \u00e0 ses personnages.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Mais d&rsquo;abord elle pr\u00e9cise:<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Je n&rsquo;\u00e9cris jamais sur commande, juste ce qui vient spontan\u00e9ment, tout seul, quand j&rsquo;ai le temps.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Et aussi:<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">J&rsquo;ai beaucoup \u00e9crit mentalement avant de coucher sur le papier.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Par rapport aux personnages, elle explique<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">(In 93)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Les personnages font ce qu&rsquo;ils veulent. Ils veulent, puisent dans ce que je suis, c&rsquo;est une aventure extraordinaire.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">J&rsquo;ai moins de r\u00e9sistance. Mais quand les personnages<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">me sautent \u00e0 la t\u00eate!!<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">(12 92)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Mes personnages, le temps o\u00f9 ils me fr\u00e9quentent (exclusifs et abusifs) sont tellement proches que je les aime, que je dois les respecter. Je ne suis jamais voyeuse, mais je suis l&rsquo;autre dans les dialogues&#8230; C&rsquo;est une gymnastique et je dois vouloir comme eux.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Les personnages, \u00e0 peine cr\u00e9\u00e9s, se confient \u00e0 moi de fa\u00e7on tr\u00e8s d\u00e9termin\u00e9e, car ils ont une vie tr\u00e8s active et r\u00e9clament mes mots de fa\u00e7on tr\u00e8s autoritaire. J&rsquo;\u00e9cris, j&rsquo;\u00e9cris<\/span><span style=\"color: #0000ff;\">, je les suis de mon mieux. Ils vivent sans me consulter (&#8230;)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Dans ces conditions, comment l&rsquo;auteur reprend-elle la main? Comment s&rsquo;y prend-elle pour s&#8217;emparer de ses personnages et, non pas les conduire o\u00f9 elle veut puisqu&rsquo;elle ne le peut pas, mais de la mani\u00e8re dont elle le veut?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Et cette aventure l\u00e0 est elle aussi jubilatoire&#8230;.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Lorsque l&rsquo;histoire galope comme un film devant ma plume, je suis entr\u00e9e dans une autre joie: celle de mettre en mots leur aventure, en mots selon mes cadences, ma musique personnelle, mes images intimes peut-\u00eatre.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Je ne trouve ma joie que lorsque mes phrases entrent dans l&rsquo;oreille avec une fa\u00e7on que je ne saurai d\u00e9finir mais qui est la mienne, j&rsquo;\u00e9cris et je cherche avec acharnement MES mots.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Donc j&rsquo;ai deux joies qui se tiennent la main, l&rsquo;une tirant l&rsquo;autre (une fois l&rsquo;id\u00e9e, une fois les mots), et qui est le plus fort? Je ne peux jamais le savoir&#8230;<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">(Int 93)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">J&rsquo;\u00e9cris sur une cadence. Je fais une lecture \u00e0 l&rsquo;oreille, je lis fort, je m&rsquo;\u00e9coute.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Comment faire pour avoir un style? lui avais-je demand\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">C&rsquo;est une grande discipline. J&rsquo;ai un syst\u00e8me: \u00eatre visuelle. J&rsquo;ai une cadence, et des images. Je vois d&rsquo;abord un film et je le traduis. Je ne sais pas o\u00f9 il va, je cours apr\u00e8s.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Il y a d&rsquo;abord un premier jet. C&rsquo;est un plaisir, une luxuriance, une for\u00eat vierge. Je me laisse submerger. J&rsquo;\u00e9cris une sc\u00e8ne avec une joie immense.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Puis je fignole, c&rsquo;est un travail de ciselure. Tout se fait par d&rsquo;infinis clivages. Ce n&rsquo;est jamais fini.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">En r\u00e9alit\u00e9, il faut distinguer les romans pour enfants qui ont \u00e9t\u00e9, \u00e0 une exception pr\u00e8s les seules \u00e0 \u00eatre publi\u00e9s, des textes pour adultes non publi\u00e9s, \u00e0 une exception pr\u00e8s de son vivant (puisque Anne a fait publier ensuite \u00ab\u00a0La sente termini\u00e8re\u00a0\u00bb).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Et parmi les \u00e9crits pour la jeunesse, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des romans qui mettent en sc\u00e8ne des personnages imaginaires (m\u00eame s&rsquo;ils sont nourris par sa propre vie), il y a \u00ab\u00a0Paul et Louise\u00a0\u00bb et les deux autres ouvrages de ce qu&rsquo;elle appelait la trilogie.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><span style=\"font-family: Arial,Arial; font-size: medium;\"><i>C&rsquo;est, <\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial,Arial; font-size: medium;\">pr\u00e9cisait-elle<\/span><i><span style=\"font-family: Arial,Arial; font-size: medium;\">, la mise en sc\u00e8ne d&rsquo;anecdotes dans un paysage. L&rsquo;ordinateur interne savait ce que je voulais dire. J&rsquo;ai \u00e9crit en patchwork. Tout s&rsquo;est mis ensuite en place. <\/span><\/i><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Elle s\u00e9pare bien ces ouvrages pour la jeunesse de ce qu&rsquo;elle \u00e9crit pour elle. Et elle constate:<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">(03 93)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">J&rsquo;ai peut-\u00eatre acquis un style mais je le consacre \u00e0 l&rsquo;invendable pour les adultes. Je ne peux pas \u00e9crire du vendable pour les adultes je crois. C&rsquo;est un niet plus que vital, un refus existentiel.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Elle \u00e9voluera \u00e0 la fin de sa vie puisqu&rsquo;elle acceptera que soient publi\u00e9s, dans \u00ab\u00a0l&rsquo;Instant exact\u00a0\u00bb des textes po\u00e9tiques pour adultes.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">C&rsquo;est justement avec cet autre flot que je voudrais continuer mes propos. Et parler de ce qui n&rsquo;\u00e9tait pas forc\u00e9ment couch\u00e9 sur le papier. Il me semble que c&rsquo;\u00e9tait comme un fleuve qui l&#8217;emportait, dans ce qu&rsquo;elle appelle une histoire d&rsquo;amour avec les mots.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Non seulement elle \u00e9prouvait du plaisir \u00e0 s&#8217;emparer des mots qui jaillissaient pour les utiliser, comme la plupart des \u00e9crivains, mais elle ressentait \u00e9galement une jubilation \u00e0 se laisser poss\u00e9der par eux sans les traduire en phrases.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">(6-89)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Les mots voltigent en vols secrets et tenaces. Joie d&rsquo;\u00eatre en puissance de mots, m\u00eame muette (&#8230;)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">et qu&rsquo;ils sont beaux les mots non \u00e9crits.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">(12 89)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Je suis en pleine immersion po\u00e9tique! Vous savez les f\u00e9es qui vous fichaient un coup de baguette et d\u00e8s qu&rsquo;on ouvrait la bouche il en sortait une fleur ou un crapaud, mais moi ce sont des po\u00e8mes.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Chaque fois que je sombre c&rsquo;est la m\u00eame chose: un b\u00fbcher de mots flambe en moi et il br\u00fble avec le massacre obscur et intime qui me tenaillait&#8230; Ce ne sont pas les po\u00e8mes qui comptent (ils ne sont jamais que de la cendre) mais la d\u00e9marche salvatrice, l&rsquo;exutoire imp\u00e9rieux. Rien n&rsquo;est plus doux que cette immersion mugnificente. Je me dis (bien que je la refuse d&rsquo;abord jusqu&rsquo;\u00e0 me battre contre) que j&rsquo;ai vraiment l\u00e0 une \u00e9norme chance&#8230;<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">(&#8230;) \u00e7a vaut le coup de vivre avec les mots une histoire d&rsquo;amour comme celle que je ne cesse de vivre m\u00eame quand je n&rsquo;\u00e9cris pas.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Quand les mots flambent ils sont en nu\u00e9e. Je ne sais jamais ceux que j&rsquo;ai dits. (Je vais finir en vraie fadade!)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Il n&rsquo;y a rien d&rsquo;\u00e9tonnant alors \u00e0 d\u00e9couvrir qu&rsquo;elle avait not\u00e9 aussi:<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">(10 95)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Dans mon armoire, dans des sacs, des kg de mots, des kilom\u00e8tres de lignes, des phrases agenc\u00e9es et reprises, recommenc\u00e9es.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Je vais br\u00fbler le tout. Mais je garderai la derni\u00e8re mouture de \u00ab\u00a0Marie, les mots et le jardin\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">J&rsquo;aurais d\u00fb photographier la pile des 9 \u00e0 10 moutures successives. Chacune repartait amenuis\u00e9e, de la pr\u00e9c\u00e9dente mise au net&#8230; L&rsquo;\u00e9paisseur \u00e9tait d\u00e9gressive. J&rsquo;aurais mis dessus la derni\u00e8re, celle que je garde. Elle a 46 pages. Celle du dessous en poss\u00e9dait 200&#8230;<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Quelqu&rsquo;un aurait pu \u00e9tudier comment les phrases vont leur vie quand on leur permet de rena\u00eetre.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">(12 01)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">J&rsquo;ai trop \u00e9crit. Pourtant j&rsquo;ai cent fois tout br\u00fbl\u00e9&#8230;<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">En mars 93 elle constatait:<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Les th\u00e8mes sont \u00e0 contre-courant de cette vie de fin de si\u00e8cle. Ils sont en avance, car je ne les crois pas en retard. Ils le furent peut-\u00eatre mais on y revient.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Pour terminer je reprendrai une phrase qu&rsquo;elle m&rsquo;avait confi\u00e9e, qui montre qu&rsquo;elle puisait non seulement dans sa propre vie mais aussi dans les \u00e9changes qu&rsquo;elle avait avec tous ses correspondants (ils \u00e9taient tr\u00e8s nombreux).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">In 93<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Un jour l&rsquo;\u00e9diteur m&rsquo;a dit: Avec la correspondance, vous perdez un temps infini. Je lui ai r\u00e9pondu: et le terreau?<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(suite) Il me semble que c&rsquo;est d&rsquo;abord une histoire de transmission La premi\u00e8re chose qui me vient \u00e0 l&rsquo;esprit c&rsquo;est le mot \u00e9vidence. Comme si, ce que la petite fille qu&rsquo;elle \u00e9tait avait re\u00e7u ne pouvait qu&rsquo;\u00eatre engrang\u00e9 pour \u00eatre redonn\u00e9 un jour. Cela suppose sans aucun doute une capacit\u00e9 d&rsquo;\u00e9coute et d&rsquo;observation assez pouss\u00e9s. &hellip; <a href=\"https:\/\/asso-annepierjean.fr\/?p=1099\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">UPVD-1<\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[10],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/asso-annepierjean.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1099"}],"collection":[{"href":"https:\/\/asso-annepierjean.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/asso-annepierjean.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asso-annepierjean.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asso-annepierjean.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1099"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/asso-annepierjean.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1099\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1542,"href":"https:\/\/asso-annepierjean.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1099\/revisions\/1542"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/asso-annepierjean.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1099"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/asso-annepierjean.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1099"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/asso-annepierjean.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1099"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}