{"id":202,"date":"2017-01-16T17:10:04","date_gmt":"2017-01-16T16:10:04","guid":{"rendered":"http:\/\/asso-annepierjean.fr\/?page_id=202"},"modified":"2024-12-09T09:44:47","modified_gmt":"2024-12-09T08:44:47","slug":"battements-d-elle","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/asso-annepierjean.fr\/?page_id=202","title":{"rendered":"BATTEMENTS d&rsquo;ELLE"},"content":{"rendered":"<h6><span style=\"color: #0000ff;\">lettre d&rsquo;Alain Nesme,<br \/>\n<\/span><span style=\"color: #0000ff;\">d\u00e9cembre 2024<\/span><\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h6><strong><span style=\"color: #0000ff;\">Je viens de relire <\/span><i class=\"\" style=\"color: #0000ff;\">La demoiselle de Blachaux<\/i><span style=\"color: #0000ff;\"> et je ne te cacherai pas le plaisir que j&rsquo;ai \u00e9prouv\u00e9 \u00e0 cette relecture. Le plaisir de me plonger \u00e0 nouveau dans l&rsquo;univers d&rsquo;Anne Pierjean, d&rsquo;y retrouver tous ses th\u00e8mes, notamment celui du <\/span>sauvetage<span style=\"color: #0000ff;\">. Antonio venant au secours de Lalie Brec et se sauvant lui-m\u00eame ce faisant. Pour moi, c&rsquo;est le passage le plus fort du livre.<br \/>\nLalie Brec et Antonio Soler, deux \u00eatres repli\u00e9s sur eux-m\u00eames, sous le poids d&rsquo;une souffrance indicible.<br \/>\nAntonio, sur la voie de sa propre r\u00e9surrection (son premier sourire) en constatant que gr\u00e2ce \u00e0 lui, Lalie Brec est sauv\u00e9e, d&rsquo;une mort physique, et plus encore d&rsquo;un autre genre de mort, dans une solitude extr\u00eame.<br \/>\nLalie Brec, cette teigne aux yeux de tout le village, se d\u00e9tend, enfin, d\u00e9crochant elle aussi un sourire, le premier depuis la mort de sa fille.<\/span><\/strong><\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h6><strong><span style=\"color: #0000ff;\">La mort (celle de la fille de Lalie, celle de la m\u00e8re d&rsquo;Antonio) est tr\u00e8s pr\u00e9sente dans ce roman, mais pas pesante, par la magie de l&rsquo;\u00e9criture d&rsquo;Anne Pierjean. Anne Pierjean qui se sauve elle-m\u00eame, une fois encore, en \u00e9crivant ce nouveau roman. La catharsis en marche, depuis d\u00e9j\u00e0 un certain nombre de romans et pour de nombreux autres encore.<\/span><\/strong><\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h6><strong><span style=\"color: #0000ff;\">J&rsquo;ai cherch\u00e9 Blachaux sur la carte. Ce village n&rsquo;existe pas sous ce nom, mais sous celui de La Blache, un hameau semble-t-il de nos jours, situ\u00e9 \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de Plan-de-Baix. Cette histoire r\u00e9sonne tellement <i class=\"\">vrai <\/i>en nous, qu&rsquo;elle doit n\u00e9cessairement se situer dans un <i>vrai <\/i>lieu et non seulement dans un lieu imaginaire, sommes-nous tent\u00e9s de penser&#8230; Dans cette Dr\u00f4me qui nous a donn\u00e9 des figures aussi fortes et attachantes que celles d&rsquo;un facteur Cheval, d&rsquo;une Marthe Robin et d&rsquo;une Anne Pierjean, pour s&rsquo;en tenir \u00e0 la p\u00e9riode post-ancien r\u00e9gime. J&rsquo;esp\u00e8re ne pas te choquer en \u00e9tablissant ce type de parall\u00e8le. La spiritualit\u00e9 d&rsquo;une Marthe Robin (une spiritualit\u00e9 la\u00efque dans le cas d&rsquo;Anne Pierjean, sa foi dans l&rsquo;homme, dans les ressources de l&rsquo;\u00eatre humain) et la cr\u00e9ativit\u00e9 infatigable d&rsquo;un facteur Cheval. <br class=\"\" \/><br class=\"\" \/>Il y aurait bien d&rsquo;autres choses \u00e0 dire, et mati\u00e8re \u00e0 explorer, avec cette \u00ab\u00a0<i>demoiselle de Blachaux<\/i>\u00ab\u00a0, notamment sur la question de l&rsquo;\u00e9cole dans l\u2019\u0153uvre d&rsquo;Anne Pierjean, mais je m&rsquo;en tiendrai l\u00e0, pour raison garder dans cet \u00e9panchement d&rsquo;\u00e9motions.<br \/>\n<\/span><\/strong><\/h6>\n<h6><span style=\"color: #ff00ff;\">extrait d&rsquo;une lettre de Na\u00efs Grangeon<\/span><\/h6>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #0000ff;\">Elle \u00e9tait venue \u00e9couter la symphonie num\u00e9ro 1 de Malher dans laquelle je jouais avec l&rsquo;orchestre d&rsquo;Avignon.\u00a0 J&rsquo;avais 14 ou 15 ans je pense&#8230; La semaine suivante elle m&rsquo;a envoy\u00e9 l&rsquo;int\u00e9grale de Baudelaire ( la ple\u00efade Svp\u00a0!) avec une super d\u00e9dicace qui disait \u00e0 quel point elle s&rsquo;\u00e9tait r\u00e9gal\u00e9e&#8230; j&rsquo;ai rejou\u00e9 cette symphonie , que j&rsquo;adore, plusieurs fois et je me suis rendu compte \u00e0 chaque fois que je l&rsquo;avais vraiment associ\u00e9e \u00e0 elle, cette musique&#8230;<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #0000ff;\">c&rsquo;est la premi\u00e8re chose \u00e0 laquelle je pense&#8230;<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #0000ff;\">Il y a aussi \u00ab\u00a0la musique \u00a0\u00bb de ses Blue jeans..<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #0000ff;\">quand j&rsquo;\u00e9tais toute petite, (2 ou 3 ans) elle avait pass\u00e9 beaucoup de temps \u00e0 Murles pendant la construction de la maison.. elle portait des blue jeans tous les jours et j&rsquo;\u00e9tais impressionn\u00e9e par ses longues jambes au bas desquelles je trottinais.. j&rsquo;adorais le son qu&rsquo;elles produisaient en se frottant lorsqu&rsquo;elle marchait.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #0000ff;\">\u00c7a m&rsquo;a vraiment marqu\u00e9e, c \u00e9tait une v\u00e9ritable musique.. et je r\u00e9clamais des balades sans cesse pour l&rsquo;entendre, cette musique de tissu frott\u00e9, rythm\u00e9e par la cadence de ses pas .<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #0000ff;\">Je ne sais pas pourquoi ses jeans \u00e0 elle provoquaient \u00e7a chez moi!!! Car ma m\u00e8re en portait aussi mais \u00ab\u00a0sans musique\u00a0\u00bb&#8230;<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">* \u00a0 \u00a0 \u00a0 * \u00a0 \u00a0 \u00a0 * \u00a0 \u00a0 \u00a0 * \u00a0 \u00a0 \u00a0 * \u00a0 \u00a0 \u00a0 * \u00a0 \u00a0 \u00a0 *<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff00ff;\"><strong>pens\u00e9e d&rsquo;Anne\u00a0G.\u00a0 \u00a0autour de P\u00e2ques<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">En ces temps de P\u00e2ques, qui approchent, je pense \u00e0 l&rsquo;anniversaire de la mort de son p\u00e8re, Michaud et je relis quelques pages d&rsquo; \u00ab\u00a0Anne des Collines\u00a0\u00bb, un manuscrit in\u00e9dit o\u00f9 elle \u00e9voque son enfance.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Cette date anniversaire a r\u00e9sonn\u00e9 fort toute sa vie.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Je vous transmets et offre ce passage :<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> \u00ab\u00a0Deux ans plus tard, au printemps, dans ce m\u00eame mois des anniversaires, la vie de Michaut se terminera.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> \u00a0 \u00a0 \u00a015 H. Un vendredi saint, dans une envol\u00e9e de cloches qui partaient \u00e0 Rome pour le dire \u00e0 tout le monde, \u00e0 Dieu et au Pape, aux montagnes et aux vall\u00e9es, \u00e0 la vie et \u00e0 la mort.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> \u00a0 \u00a0 \u00a0Et puis les cloches se turent tout le samedi saint.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> \u00a0 \u00a0 \u00a0Et puis elles revinrent le dimanche de P\u00e2ques pour un Dieu ressuscit\u00e9, mais Papa resta sur son lit de mort, beau et aussi froid qu&rsquo;un marbre.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> \u00a0 \u00a0 \u00a0Et l&rsquo;on enterra Michaut pour le lundi saint qui \u00e9tait aussi la f\u00eate du village.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> \u00a0 \u00a0 \u00a0Et les cloches, alors, purent sonner tout leur glas.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0Le glas de la mort venu du fond des \u00e2ges.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> \u00a0 \u00a0 \u00a0Marie l&rsquo;\u00e9coutait, saisie, martel\u00e9e de plus loin qu&rsquo;elle et port\u00e9e aussi par bien plus grand qu&rsquo;elle.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> \u00a0 \u00a0 \u00a0Elle se taisait sans bouger, comme pour ne pas donner prise.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> \u00a0 \u00a0 \u00a0Pourtant, elle aurait hurl\u00e9 avec les chiens du village pour n&rsquo;\u00eatre plus elle, juste un animal qui brame sa peur et oubliera tout le glas suspendu.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> \u00a0 \u00a0Mais Maman pleurait d\u00e9j\u00e0, se tordant les mains, prise de panique d\u00e8s les premiers coups de cloche, ne supportant rien, pas plus le glas que sa vie, affol\u00e9e de lendemain et mordue \u00e0 pleines dents. On ne pouvait pas ajouter encore les pleurs de Marie. Alors la petite se taisait, inlassable, cramponn\u00e9e.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> \u00a0 \u00a0 &#8211; Pas une fois il m&rsquo;a dit qu&rsquo;il allait mourir! r\u00e9p\u00e9tait Maman pleine de d\u00e9tresse. Pas une seule fois. Pourtant il le savait, j&rsquo;en suis s\u00fbre. Avant le comas, il m&rsquo;a \u00f4t\u00e9 l&rsquo;alliance. Il y avait la M\u00e9m\u00e9e, elle le sait bien.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> \u00a0 \u00a0 \u00a0Pourtant, \u00e0 Marie il avait parl\u00e9 le premier jour de son mal, cette pneumonie \u00e0 \u00e9volution rapide qui l&rsquo;avait saisi :<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> \u00a0 \u00a0 \u00a0&#8211; Peut-\u00eatre ma vie va finir&#8230; mais je resterai en toi tant que tu me garderas&#8230; Aide bien Maman, c&rsquo;est une bonne Maman.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> \u00a0 \u00a0 \u00a0Marie l&rsquo;avait embrass\u00e9. Il l&rsquo;avait serr\u00e9 contre lui une minute&#8230; Mon petit bonheur&#8230;<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> \u00a0 \u00a0 \u00a0Mon petit bonheur&#8230;<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> \u00a0 \u00a0 \u00a0Marie a gard\u00e9 ces mots, quelque part en elle o\u00f9 ils articulent encore puissamment sa vie.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> \u00a0 \u00a0 \u00a0C&rsquo;\u00e9tait la premi\u00e8re fois. La derni\u00e8re fois aussi.Et c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;ultime mot.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> \u00a0 \u00a0 \u00a0Si Maman distribuait toute la journ\u00e9e des mots de tendresse, farfelus et chauds, dans des crises de baisers r\u00e9sonnant dans la maison, Papa \u00e9tait tr\u00e8s pudique avec les mots de tendresse.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> \u00a0 \u00a0 Il disait Marie. Il disait Ma Fille sans ajouter rien qu&rsquo;un regard qui d\u00e9versait un grand bonheur \u00e0 flots calmes.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> \u00a0 \u00a0 \u00a0Parfois, il gardait la main de Marie serr\u00e9e dans la sienne et il y posait ses l\u00e8vres qui restaient l\u00e0 un moment. Alors, le bonheur-sans-d\u00e9but-ni-fin passait un temps par Marie. Un grand bonheur extatique qui voulait vous \u00e9chancrer juste \u00e0 sa mesure.Et Marie \u00e9tait immense dans ces instants l\u00e0.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> \u00a0 \u00a0 Mon petit bonheur.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> \u00a0 \u00a0 Et Papa allait partir, sa vie achev\u00e9e ? Alors elle ne serait plus SON cadeau et SON bonheur ? Elle ne serait plus le cadeau et le bonheur pour aucun Papa possible ? Marie voulait supplier : je t&rsquo;en prie, gu\u00e9ris&#8230; Peut-\u00eatre tu vas gu\u00e9rir&#8230; Il le faut et je le veux&#8230;\u00a0\u00bb<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> \u00a0 \u00a0 Mais elle s&rsquo;\u00e9tait tue, sans pouvoir les mots.Pour Louise, elle aurait pu dire&#8230; Mais pas pour Michaut&#8230; Les mots, entre eux deux, avaient bien trop d&rsquo;importance et Marie sentait le glas qui tintait tout au fond d&rsquo;elle&#8230; Non, pas \u00e0 son p\u00e8re&#8230; Elle lui avait pris la main et elle l&rsquo;avait embrass\u00e9e gardant son visage appuy\u00e9 dedans sa paume, je t&rsquo;aime, \u00a0Papa.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> \u00a0 \u00a0 \u00a0Elle sentait son autre main se glisser dans ses cheveux<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> \u00a0 \u00a0 \u00a0&#8211; Va jouer, petite fille.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> \u00a0 \u00a0Papa avait les yeux clos. Des larmes dessous&#8230;\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p><em><span style=\"color: #0000ff;\">note : Marie (Anne Pierjean) venait d&rsquo;avoir 8 ans.<\/span><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #ff00ff;\"><strong>Nouvelle pour un livre d&rsquo;heures, Anne Pierjean, 28 avril 2001<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Le soir, la mort \u00e9tait l\u00e0.<br \/>\nNon pas imp\u00e9rieuse et droite comme un i qui aurait jet\u00e9 son point haut en fl\u00e8che aig\u00fce de cath\u00e9drale, non, non, pas cette mort l\u00e0!<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Non plus la mort des imageries populaires, faux et squelette, os d\u00e9cupl\u00e9s et rictus de m\u00e2choires sous le cr\u00e2ne cir\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Non plus la veuve en ses lambeaux de bure sombre, si imp\u00e9rieuse qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas question de diff\u00e9rer d&rsquo;une pens\u00e9e ! non,rien, mais rien du tout, de la danse macabre.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">La mort \u00e9tait l\u00e0, toute simple.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> Simple. Comme je l&rsquo;attends depuis toujours, m\u00eame pas pench\u00e9e sur un lit.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Donc, \u00a0la mort \u00e9tait l\u00e0, sans falbalas.<br \/>\net j&rsquo;\u00e9tais l\u00e0 aussi, en tablier du jour, la marmite de cuivre repouss\u00e9e sur la cuisini\u00e8re, car je ne pouvais faire deux choses en m\u00eame temps, mourir et achever des confitures.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Je quittais mon tablier. Les griottes ne craignaient rien.Elles perlaient d\u00e9j\u00e0, elles n&rsquo;\u00e9taient plus, dans le chaudron, que des griottes cuites.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> Je me tournais vers la Mort Vive :<br \/>\n&#8211; c&rsquo;est l&rsquo;heure ? dis-je en enlevant mon tablier qui me poissait les doigts.<br \/>\nS&rsquo;il y eut une r\u00e9ponse, elle ne fut pas audible.<br \/>\n_ Alors quoi ? ai-je insist\u00e9, en besoin de comprendre, \u00a0toujours en attente de situations claires, nettes, orient\u00e9es, qui fl\u00e9chaient sans ambiguit\u00e9 la route \u00e0 prendre.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">La mort prenait son temps.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Sous l&rsquo;abat-jour de la haute veilleuse,elle \u00e9tait drap\u00e9e de violine et restait immobile.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> Ailes la regarda, elle n&rsquo;avait pas l&rsquo;air press\u00e9e. Alors elle lava ses vieilles mains et \u00e9carta la m\u00e8che qui lui basculait toujours sur ses yeux.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Et puis elle attendit.<br \/>\n(Ses octantes ann\u00e9es ne s&rsquo;\u00e9tonnaient pas de grand chose. Si \u00e7a se passait comme \u00e7a, elle voulait bien !)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Elle s&rsquo;assit et se souvint d&rsquo;un po\u00e8me de ses vingt ans&#8230; qui parlait justement du temps. (*1).<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> Elle le r\u00e9cita \u00e0 la mort qui passa du violine au rose \u00a0-un rose indien au bord, un Redout\u00e9 au centre.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> La mort avait des yeux vert d&rsquo;eau,ceux de la Dr\u00f4me .. ou ceux de Luy car sa m\u00e8re avait d\u00fb, un soir, les puiser l\u00e0, agates dans le courant sauvage.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> La mort \u00e9couta, attentive.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Ailes sentit en elle un tout petit grelot de rire : \u00e7a ne se passait pas trop mal.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Mais elle n&rsquo;avait que l&rsquo;habitude des encha\u00eenements de la vie : questions, r\u00e9ponses, sourires, gestes, et l&rsquo;instant paraissait \u00eatre fait d&rsquo;autre chose, d&rsquo;une simple histoire de couleurs \u00a0-signifiantes ? Cod\u00e9es ? Acceptantes ? Il y avait quand m\u00eame un semblant de myst\u00e8re.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Ailes se souvint d&rsquo;un po\u00e8me d&rsquo;Andr\u00e9 Schmitz qu&rsquo;elle avait fait sien par cette pr\u00e9tention que, qui entend recr\u00e9e&#8230; surtout ce vers sur lequel elle tra\u00eenait toujours : \u00a0\u00ab\u00a0<strong>il lui demanda d&rsquo;oser dire\u00a0\u00bb&#8230;\u00a0<\/strong>Elle savait le reste par coeur. Devait-elle&#8230;?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Mais c&rsquo;est la mort qui dit le po\u00e8me \u00a0sans voix. (*2).<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> Docile et indiciblement heureuse, Ailes le r\u00e9cita ensuite, \u00e0 l&rsquo;ombre opalescente violine&#8230; rose&#8230;blanche.. maintenant translucide&#8230; maintenant disparue.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Ah! Bon ? dit Ailes qui avait d\u00e9pass\u00e9 les \u00e9tonnements superflus depuis le temps qu&rsquo;\u00e9tait onTemps.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> Elle remit son tablier.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> Cligna des yeux pour bien juger des choses<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> plongea dans la gel\u00e9e sa cuill\u00e8re d&rsquo;argent<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> l&rsquo;inclina doucement \u00e0 quarante cinq degr\u00e9s<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> une goutte perla, joufflue, puis longue longue en \u00e9tirements \u00e9lastiques et retomba dans le chaudron<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> la seconde pris tout son temps avant de l\u00e2cher \u00e0 son tour<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> mais la troisi\u00e8me resta l\u00e0, au bec d&rsquo;argent de la cuill\u00e8re, ronde, lumineuse, odorante,<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> la perle \u00e9tait parfaite<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> la gel\u00e9e aboutie.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Ailes ferma les yeux, \u00e9merveill\u00e9e<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> Elle avait eu le temps de voir tout l&rsquo;infini amen\u00e9 par ses doigts depuis le griottier \u00e0 une perle r\u00e9ussie.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Une enfant qui passait ouvrit le bec, par l&rsquo;odeur \u00ab\u00a0all\u00e9ch\u00e9e\u00a0\u00bb&#8230;<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> Et Ailes lui donna tout l&rsquo;univers dans la becqu\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">*\u00a0 *\u00a0 *\u00a0 *\u00a0 *\u00a0 *\u00a0 *\u00a0 *\u00a0 *\u00a0 *\u00a0 *\u00a0 *\u00a0 *\u00a0 *\u00a0 *\u00a0 *<br \/>\n*1 <\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> Tourne le temps,<br \/>\nJe reste<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> au seuil d&rsquo;un mot ferm\u00e9<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> J&rsquo;attends<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> Tourne le temps tourne l&rsquo;\u00e9t\u00e9 tourne l&rsquo;automne,\u00a0<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> t&rsquo;attend ce moi-sans-toi qui laisse<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> tourner le Temps.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> S&rsquo;enspirale ce temps dont je n&rsquo;ai rien \u00e0 faire<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> puisque j&rsquo;attends.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> Je tends<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> l&rsquo;immobile feston de mes propres gelures<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> aux berges des saisons<br \/>\n<span style=\"color: #ff00ff;\"><em>Anne Pierjean<\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">*2<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> Elle vint<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> Il \u00f4ta le vent de ses \u00e9paules<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> fit glisser de ses hanches<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> les neiges du voyage.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> Il lui demanda d&rsquo;oser dire.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Elle parla avec audace<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> d&rsquo;un jardin d\u00e9sert\u00e9<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> de trois ou quatre bouleaux trahis<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> d&rsquo;un pacte avec les loups.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Il lui offrit la premi\u00e8re lampe<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> du soir.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> <em><span style=\"color: #ff00ff;\">Andr\u00e9 Schmitz, po\u00e8te belge<\/span>.<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">\u00a0* \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0* \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 * \u00a0 \u00a0 \u00a0 * \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0* \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0*<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff00ff;\"><strong>Lier, nouer, tisser, bouts de ficelle,<br \/>\n<\/strong><\/span><span style=\"color: #ff00ff;\">de Jean-Mehdi Grangeon,<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Les mots se m\u00ealent aux odeurs gourmandes de la cuisine et trament les petites comptines dont la chute se joue souvent \u00e0 la derni\u00e8re cuill\u00e8re de floraline. Pouss\u00e9s par les vents du Vercors, ils racontent la grande Histoire qui r\u00e9sonne des claquement de sabots et des voix fortes des anciens courb\u00e9s aux champs. Leur simplicit\u00e9 et leurs notes aimantes suffisent \u00e0 apaiser les petites blessures de l&rsquo;\u00e2me.<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><em>Lier<\/em><\/strong><em> le quotidien de nos vies aux racines paysannes et aux terres fertiles veill\u00e9es par les arm\u00e9es de nogui\u00e8rs et la grande Bastille du Sud.<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><em>Nouer<\/em><\/strong><em> nos pens\u00e9es \u00e0 celles de ces \u00eatres braves et fiers sacrifi\u00e9s dans l&rsquo;effervescence du maquis.<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><em>Tisser<\/em><\/strong><em> les g\u00e9n\u00e9rations telles des ab\u00e9c\u00e9daires de dentelle et lancer des ponts d&rsquo;amour entre la Dr\u00f4me et le ciel. <\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Les mots sont des bouts de ficelle qui brodent les imaginaires et se transforment en bouts de vie; d\u00e9tach\u00e9s de leur pelote, ils s&rsquo;\u00e9merveillement de l&rsquo;\u00e9closion d&rsquo;une pivoine ou du souffle court de la petite micheline bleue s&rsquo;en revenant de Digne-les-bains . <\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><em>Lier, nouer, tisser, bouts de ficelle<\/em><\/strong><em>, au cr\u00e9puscule du jour les mots \u00e9pousent enfin les silences de l&rsquo;instant exact; lucides, les pieds enracin\u00e9s dans une terre inond\u00e9e de lumi\u00e8re, les hommes sentent pour la premi\u00e8re fois le souffle du temps battre la mesure de l&rsquo;existence.<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><em>Lier, nouer, tisser, bouts de ficelle<\/em><\/strong><\/span><em><span style=\"color: #0000ff;\">, les mots sont \u00e9ternels.<\/span> <\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">\u00a0* \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0* \u00a0 \u00a0 \u00a0 * \u00a0 \u00a0 \u00a0 * \u00a0 \u00a0 \u00a0 *<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>lettre d&rsquo;Alain Nesme, d\u00e9cembre 2024 &nbsp; Je viens de relire La demoiselle de Blachaux et je ne te cacherai pas le plaisir que j&rsquo;ai \u00e9prouv\u00e9 \u00e0 cette relecture. Le plaisir de me plonger \u00e0 nouveau dans l&rsquo;univers d&rsquo;Anne Pierjean, d&rsquo;y retrouver tous ses th\u00e8mes, notamment celui du sauvetage. Antonio venant au secours de Lalie Brec &hellip; <a href=\"https:\/\/asso-annepierjean.fr\/?page_id=202\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">BATTEMENTS d&rsquo;ELLE<\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/asso-annepierjean.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/202"}],"collection":[{"href":"https:\/\/asso-annepierjean.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/asso-annepierjean.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asso-annepierjean.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asso-annepierjean.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=202"}],"version-history":[{"count":23,"href":"https:\/\/asso-annepierjean.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/202\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2919,"href":"https:\/\/asso-annepierjean.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/202\/revisions\/2919"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/asso-annepierjean.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=202"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}