{"id":191,"date":"2017-01-16T17:02:21","date_gmt":"2017-01-16T16:02:21","guid":{"rendered":"http:\/\/asso-annepierjean.fr\/?page_id=191"},"modified":"2021-03-22T08:56:11","modified_gmt":"2021-03-22T07:56:11","slug":"et-au-dela","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/asso-annepierjean.fr\/?page_id=191","title":{"rendered":"La FERVEUR d&rsquo;ECRIRE"},"content":{"rendered":"<h1><span style=\"color: #0000ff;\">\u00a0<span style=\"color: #ff00ff;\">Anne Pierjean, la ferveur d&rsquo;\u00e9crire<\/span><\/span><\/h1>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><br \/>\n<\/span><strong><span style=\"color: #ff00ff;\">\u00a0Module pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 l&rsquo;UPVD par Elisabeth VOREPPE<\/span><\/strong><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Pour pr\u00e9senter ce module, j&rsquo;ai \u00e9crit: \u00ab\u00a0Pour Anne Pierjean, \u00e9crire \u00e9tait une grande responsabilit\u00e9, et une n\u00e9cessit\u00e9\u00a0\u00bb. Et \u00ab\u00a0ses mots, elle les voulait les plus authentiques et les plus exacts possibles\u00a0\u00bb. Pour illustrer ces affirmations je vais me servir essentiellement de ce qu&rsquo;elle a elle-m\u00eame \u00e9crit. Je ferai donc surtout des citations. Issues d&rsquo;une part de ce que j&rsquo;ai gard\u00e9 moi-m\u00eame, notamment des notes prises en 1993 au cours d&rsquo;une interview pour le Dauphin\u00e9 Lib\u00e9r\u00e9. Cela se passait lors d&rsquo;une rencontre pour les enfants dans ce qui \u00e9tait l&rsquo;ancienne biblioth\u00e8que, quai B\u00e9rangier de la Blache. D&rsquo;autre part, et pour une large partie, de la correspondance privil\u00e9gi\u00e9e qu&rsquo;elle a entretenue avec la Crestoise Chris Escot, correspondance que celle-ci m&rsquo;a confi\u00e9e. Ce qui explique le caract\u00e8re souvent intimiste des propos.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">J&rsquo;ai souhait\u00e9 consacrer la premi\u00e8re s\u00e9ance \u00e0 la question: Pourquoi \u00e9crivait-elle? Cela me semble r\u00e9pondre \u00e0 l&rsquo;affirmation sur sa n\u00e9cessit\u00e9 \u00e0 le faire. Et la seconde \u00e0 la question: Comment \u00e9crivait-elle? Pour faire \u00e9cho \u00e0 l&rsquo;affirmation sur sa responsabilit\u00e9 \u00e0 le faire.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Je me suis rendue compte en fait que ces deux aspects sont intimement li\u00e9s et que le cloisonnement est impossible. Donc les deux vont s&rsquo;imbriquer et se r\u00e9pondre&#8230;<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Entre les deux je m&rsquo;int\u00e9resserai \u00e0 la correspondance d&rsquo;Anne Pierjean, qui avait pour elle une importance majeure.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Enfin j&rsquo;ai choisi de lire, plut\u00f4t que de la prose, des po\u00e8mes qu&rsquo;elle aurait pu signer Anne Pierjean Robert puisqu&rsquo;elle avait ajout\u00e9 son nom de jeune fille \u00e0 son pseudonyme lorsqu&rsquo;elle a accept\u00e9 de publier, peu avant sa mort, un premier ouvrage pour adultes. De po\u00e9sie justement.<\/span><\/p>\n<h5><span style=\"color: #008000;\"><em><span style=\"color: #ff00ff;\">Pourquoi \u00e9crit-elle?<\/span>\u00a0\u00a0<\/em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<a href=\"https:\/\/asso-annepierjean.fr\/?p=1099\"> <em><span style=\"text-decoration: underline;\">Lire la suite &#8212;&gt;<\/span><\/em><\/a><\/span><\/h5>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><span style=\"color: #0000ff;\">\u00a0*\u00a0 *\u00a0 *\u00a0 *\u00a0 *\u00a0 *\u00a0 *<\/span><\/strong><\/p>\n<h4 style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><span style=\"color: #ff00ff;\">Ecrire, comment ?<\/span><br \/>\n<\/strong><\/span><\/h4>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><span style=\"color: #ff00ff;\">Anne Grangeon<\/span> <\/span>:<br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">Je rel\u00e8ve dans mes souvenirs et dans les courriers que j&rsquo;ai la chance de relire, l&rsquo;attention d&rsquo;Anne Pierjean \u00e0 La musique des mots, leur cadence, leur rythme, leur r\u00e9sonance, et \u00e0 la pr\u00e9cision du dire&#8230;<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #0000ff;\">je me souviens, enfant et adolescente, de sa fa\u00e7on d&rsquo;\u00e9crire, un cahier la suivant souvent dans la maison, o\u00f9 elle \u00e9crivait aussi bien en surveillant \u00ab\u00a0\u00e0 l&rsquo;oreille\u00a0\u00bb \u00a0la soupe qui cuisait qu&rsquo;en veillant \u00e0 nos devoirs ! et de ses commentaires , son besoin que la phrases, les mots sonnent juste&#8230; \u00a0elle lisait et relisait \u00e0 haute voix jusqu&rsquo;\u00e0 la pr\u00e9cision qui lui convenait, la cadence harmonieuse.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #0000ff;\">concernant mes propres \u00e9crits, \u00a0je me souviens de ce conseil qui r\u00e9sonne encore en moi, et me fait sourire :\u00a0\u00bbdes phrases courtes, ma ch\u00e9rie\u00a0\u00bb. \u00a0et je m&rsquo;applique encore \u00e0 y veiller!<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #0000ff;\">A l&rsquo;\u00e9poque, je n&rsquo;en souriais pas ! mes phrases me paraissaient claires et compr\u00e9hensibles, et l&rsquo;effort de relire, couper une phrase en deux, voire trois !, ajouter des pr\u00e9cisions ou ajuster un ponctuation m&rsquo;irritait !! \u00e7a nous a valu de beaux \u00e9changes o\u00f9 j&rsquo;\u00e9tais parfois agac\u00e9e, tenant \u00e0 mes positions ! &#8230; et \u00e7a m&rsquo;a fait faire \u00ab\u00a0mes gammes\u00a0\u00bb, non seulement pour la beaut\u00e9 et la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 d&rsquo;un texte mais pour veiller \u00e0 bien m&rsquo;exprimer, \u00e9noncer ma pens\u00e9e au plus juste, pour \u00eatre bien comprise&#8230; \u00a0anne g. , sa fille.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #339966;\"><em><span style=\"color: #ff00ff;\">Extrait d&rsquo;une enqu\u00eate de <strong>Carolina, 14 ans<\/strong>, en vue d&rsquo;un expos\u00e9 : \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9crivaine Anne Pierjean<\/span>\u00ab\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #0000ff;\">J&rsquo;ai demand\u00e9 \u00e0 Anne Pierjean comment on \u00e9crit un livre, sa r\u00e9ponse a \u00e9t\u00e9:\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #0000ff;\">\u00ab\u00a0je ne suis pas s\u00fbre du tout de savoir comment s&rsquo;\u00e9crit un livre, j&rsquo;\u00e9cris un peu comme je respire et je ne m&rsquo;en inqui\u00e8te pas : si \u00e7a vient j&rsquo;\u00e9cris et si \u00e7a ne vient pas je fais autre chose sans plus y penser.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #0000ff;\">Je ne me suis jamais sentie oblig\u00e9e d&rsquo;\u00e9crire donc \u00e9crire ne peut \u00eatre qu&rsquo;un plaisir pour moi.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #0000ff;\">Je fais des brouillons. Beaucoup. Et des re-brouillons de brouillons. Je ne suis jamais contente des phrases qui viennent, je les \u00ab\u00a0tarabuste\u00a0\u00bb puis je les laisse \u00ab\u00a0reposer\u00a0\u00bbjusqu&rsquo;au jour o\u00f9 je les \u00ab\u00a0sens\u00a0\u00bb mieux, alors l\u00e0 je repars \u00e0 neuf.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #0000ff;\">(&#8230;) ECRIRE C&rsquo;EST DU TRAVAIL ( heureux mais fatiguant).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #0000ff;\">A la fin je me relis \u00e0 haute voix et j&rsquo;accorde les mots \u00e0 l&rsquo;oreille (&#8230;)j&rsquo;harmonise au fil des brouillons.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #ff00ff;\"><i>Dans une autre lettre , \u00e0 une autre jeune lectrice, <strong>V\u00e9ronique ,<br \/>\nAPJ:<br \/>\n<\/strong><\/i><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #0000ff;\">\u00ab\u00a0tu serais \u00e9tonn\u00e9e du nombre de pages jet\u00e9es, de phrases recommenc\u00e9es cent fois. Je ne trouve ma joie que lorsque les phrases entrent dans l&rsquo;oreille avec une fa\u00e7on que je ne saurais d\u00e9finir mais qui est la mienne, j&rsquo;\u00e9cris et je cherche avec acharnement mes mots\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><span class=\"Apple-style-span\" style=\"color: #0000ff;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>\u00a0*\u00a0 *\u00a0 *\u00a0 *\u00a0 *\u00a0 *\u00a0 *<\/strong><\/span><\/span><\/h4>\n<h4><span style=\"color: #ff00ff;\"><strong>La force des mots<\/strong><\/span><\/h4>\n<p><span style=\"color: #ff00ff;\">Extrait\u00a0 de lettre d&rsquo;Anne Pierjean de d\u00e9cembre 1989<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">\u00ab\u00a0chaque fois que je \u00ab\u00a0sombre\u00a0\u00bb c&rsquo;est la m\u00eame chose : un b\u00fbcher de mots flambe en moi et il br\u00fble avec lui le massacre obscur et intime qui me tiraillait. Ce ne sont pas les po\u00e8mes qui comptent (ils ne sont jamais que la cendre) mais la d\u00e9marche salvatrice, l&rsquo;exutoire imp\u00e9rieux. Rien n&rsquo;est plus donn\u00e9 que cette immersion manificente. Je me dis (bien que je la refuse d&rsquo;abord jusqu&rsquo;\u00e0 me battre contre) que j&rsquo;ai vraiment l\u00e0 une \u00e9norme chance (&#8230;).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Comment dire ces mots que j&rsquo;entrevois mais que je ne saurai dire qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ultime flamb\u00e9e quand ma voix sera \u00e9teinte? &#8230; Il faut jouir de cela seule ?&#8230; t\u00e2chez de deviner sans les mots, je vous en crois fort capable, alors je vous invite au partage comme je peux (&#8230;).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Et me voil\u00e0 plantant de silencieuses cr\u00e9maill\u00e8res int\u00e9rieures auxquelles je vous convie par la pens\u00e9e&#8230;<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Je go\u00fbte cette all\u00e9gresse cr\u00e9ative, fid\u00e8le \u00e0 me rep\u00eacher chaque fois que mon moral s&rsquo;enlise.<strong> Elle est, cette Force.<\/strong><\/span><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><span class=\"Apple-style-span\" style=\"color: #0000ff;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>\u00a0*\u00a0 *\u00a0 *\u00a0 *\u00a0 *\u00a0 *\u00a0 *<\/strong><\/span><\/span><\/h4>\n<h3><span style=\"color: #ff00ff;\">A propos de l&rsquo;\u00e9criture de ses livres..<\/span><\/h3>\n<p><span style=\"color: #ff00ff;\">Anne G. :<\/span><\/p>\n<pre><span style=\"color: #3366ff;\">Au fil de mes recherches, je vous livre des extraits de lettres ou articles o\u00f9 Anne Pierjean \u00e9voque l'\u00e9criture de certains de ses \u00a0livres<\/span><\/pre>\n<p><span style=\"color: #ff00ff;\"><strong>A propos de \u00ab\u00a0Paul et Louise\u00a0\u00bb<\/strong><br \/>\n<strong>APJ:<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #3366ff;\">\u00ab\u00a0J&rsquo;ai v\u00e9cu beaucoup de veill\u00e9e paysannes pour l&rsquo;impr\u00e9gnation et l&rsquo;\u00e9lan affectifs qui me sont indispensales avant le livre. Je voudrais que mes mots laissent filtrer \u00a0impond\u00e9rablement ce que j&rsquo;en ai re\u00e7u. C&rsquo;\u00e9tait fort, authentique, et l&rsquo;adjectif le plus valable est s\u00fbrement \u00ab\u00a0enracinant\u00a0\u00bb.<br \/>\nJ&rsquo;ai voulu, alors, forger un outil \u00e0 la mesure intense de ce que je voulais faire passer, et puis je n&rsquo;ai pas eu le choix : en moi, le niveau qui l&rsquo;a re\u00e7u et me l&rsquo;a signifi\u00e9 a fourni, en m\u00eame temps , les signifiants: il a presque coul\u00e9 de source ce Paul et Louise qui vient de plus vaste que moi, qui n&rsquo;est pas la vie r\u00e9elle de Paul et Louise (mes parents d\u00e9c\u00e9d\u00e9s en 1973 et 75) mais une deuxi\u00e8me vie (de livre) que je leur donne, par laquelle je les garde peut-\u00eatre, que je voudrais imp\u00e9rissable sans doute, bien que tout cela soit assez obscur &#8212; tenter de comprendre me m\u00e8nerait bien trop loin, et puis je m&rsquo;en garde : engendrer la vie de ses g\u00e9niteurs, j&rsquo;y serais vite perdue&#8230; et bloqu\u00e9e sans doute .<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff00ff;\"><strong>A propos de \u00ab\u00a0Le temps de Julie\u00a0\u00bb<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #3366ff;\">\u00ab\u00a0je suis heureuse, aujourd&rsquo;hui, d&rsquo;avoir \u00e9crit le temps de Julie, qui fut si dur \u00e0 finir : trop de souvenirs aigus en \u00ab\u00a0noyant\u00a0\u00bb les pages de larmes.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #3366ff;\">Ce que j&rsquo;avais v\u00e9cu en 1944 \u00e9tait si violent tout au fond de moi que Maria en est morte, que son enfant n&rsquo;est pas n\u00e9 : le contraire de ma chance &#8230;<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #3366ff;\">\u00ab\u00a0Elle se reploie sur son ventre qu&rsquo;elle enserre de ses deux bras. Elle n&rsquo;est plus que le regret de cette vie qui palpite, l\u00e0, sous ses deux mains, et qui n&rsquo;ira pas jusqu&rsquo;\u00e0 la lumi\u00e8re\u00a0\u00bb ( P.122, Le temps de Julie, Ed Flammarion, \u00a0Castor Poche).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #3366ff;\">Comme j&rsquo;ai eu de la chance, et vos grands-parents aussi, puisque nos enfants ont pu aller jusqu&rsquo;\u00e0 la lumi\u00e8re&#8230;\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff00ff;\"><strong>A propos de \u00a0\u00ab\u00a0Marie, les mots et le jardin\u00a0\u00bb<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #3366ff;\"><strong>\u00ab\u00a0Marie, les mots et le jardin\u00a0\u00bb tourne autour des amours de ma vie, maternels et autres. C&rsquo;est un instantan\u00e9 pris \u00e0 une heure de crise longue -et qui fut moins longue, sans doute, qu&rsquo;elle aurait pu l&rsquo;\u00eatre puisqu&rsquo;elle a trouv\u00e9 l&rsquo;issue cr\u00e9ative du Dire\u00a0\u00bb.<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #3366ff;\">l&rsquo;\u00e9criture plonge aussi sa plume (ses plumes &#8230; qui varient et se corrigent, en moutures successives, r\u00e9paratrices?) \u00a0dans \u00a0une obscure lutte int\u00e9rieure, douloureuse, presque consciente , en t\u00e9moigne ce passage :<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #3366ff;\">\u00ab\u00a0Si je ne l&rsquo;avais surcharg\u00e9 de ratures (bien qu&rsquo;il en soit \u00e0 la ni\u00e8me mouture et a besoin d&rsquo;autant&#8230; \u00e0 moins que je n&rsquo;aie pas envie de le livrer, au profond de moi) je vous le passerais&#8230; \u00ab\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #3366ff;\">\u00ab\u00a0j&rsquo;aurais une invisibilit\u00e9 inconfortable si je ne pouvais vous le l\u00e9guer&#8230;\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #3366ff;\"><span class=\"Apple-style-span\"><em style=\"font-style: italic;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0Lettre du 17 D\u00e9cembre 1990<\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff00ff;\">Auparavant, d\u00e9j\u00e0, cette (pr\u00e9)occupation, dans une lettre de D\u00e9cembre 1989:<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #3366ff;\">\u00ab\u00a0Le plus simple \u00e9videmment serait de mettre au net Marie, les mots et le jardin, ce jardin o\u00f9 la petite Marie est all\u00e9e quelques 30 ans plus tard (ou 40). Alors, vous sauriez&#8230; c&rsquo;est tout \u00e9crit, remani\u00e9 au moins six ou sept fois et re-tap\u00e9 autant. Mais chaque fois que je relis, je surcharge. Ce n&rsquo;est donc pas au point pour les autres si \u00e7a ne l&rsquo;est pas pour moi\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #3366ff;\">et&#8230;<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #3366ff;\">\u00ab\u00a0Si je n&rsquo;ai jamais consid\u00e9r\u00e9, depuis pr\u00e8s de dix ans, \u00ab\u00a0Marie , les mots et le jardin\u00a0\u00bb comme fini ce ne sont pas mes mots qui sont en cause. Non, eux sont bien plus libres que moi.. ce ne sont pas, non plus, les id\u00e9es exprim\u00e9es (ou les choses avou\u00e9es), non. Cela ne correspond pas \u00e0&#8230; je ne sais quoi qui voudrait \u00eatre dit. \u00e7a n&rsquo;\u00e9quilibre pas tous ces impond\u00e9rables en moi que l&rsquo;\u00e9crit ne d\u00e9cante pas&#8230; je ne me communique que &#8230; d\u00e9cant\u00e9e&#8230;\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<h3><span style=\"color: #ff00ff;\"><strong>les blancs entre les mots, leur silence&#8230;<\/strong><\/span><\/h3>\n<pre><span style=\"color: #3366ff;\">...Parfois, j'aime mes phrases, non pour les mots mais pour la visite aux t\u00e9n\u00e8bres qu'ils relatent entre leurs blancs. J'\u00e9coute apr\u00e8s coup leur silence et me sens bien. \r\nCe n'est pas rien, sans doute, de demeurer soud\u00e9 au bastingage, pench\u00e9 sur l'inverse des rives qui clignote \u00e0 l'\u00e0-pic du flot, d'avoir exorcis\u00e9 ces heures o\u00f9 s'amalgament et les voyances claires et l'\u00e9rection des r\u00eaves en de tels glissements <\/span><span class=\"Apple-style-span\" style=\"color: #3366ff;\">que<\/span><span class=\"Apple-style-span\" style=\"color: #3366ff;\">...o\u00f9 sont les ciels , o\u00f9 sont les eaux...?\r\n\r\nCe n'est pas rien, encore, d'avoir pour tout viatique cueilli quelques mots pour le dire, comme des primev\u00e8res d\u00fbes \u00e0 la gr\u00e2ce du talus, d'avoir fait all\u00e9geance \u00e0 leur prime innocence jusqu'\u00e0 laisser \u00e9nouer son tissage de ses propres mots invertis.\r\n\r\nEt ce n'est pas rien de savoir que, au nu des choses et de soi, on garde des rep\u00e8res de ces noires plong\u00e9es et d'\u00e9vidents s\u00e9sames pour la marche ult\u00e9rieure.\r\nAimer, alors, n'est plus, comme le disait Louise, que la joie de pouvoir poser son bois, parfois, aux chemin\u00e9es de l'autre --et la vie sous-tend de l'imprenable joie, scell\u00e9e \u00e0 la chair m\u00eame.\r\n\r\nEt, ce n'est pas rien, enfin,  d'avoir lib\u00e9r\u00e9 sa joie d'Etre assez t\u00f4t pour avoir quelque ann\u00e9e \u00e0 la vivre dans la fusion aig\u00fce de l'absolu et de l'ultime.\r\n\r\nAPJ , 1990\r\n<\/span><\/pre>\n<p><span style=\"color: #ff00ff;\"><strong>A propos de \u00ab\u00a0Jean de Bise\u00a0\u00bb<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">\u00ab\u00a0J&rsquo;\u00e9cris Jean de Bise actuellement, avec une joie d\u00e9brid\u00e9e, apr\u00e8s avoir \u00e9crit Le Rosier Blanc d&rsquo;Aur\u00e9lie en 15 jours. Deux \u00ab\u00a0ado\u00a0\u00bb avec des h\u00e9ros dont j&rsquo;ignorais tout il y a un mois, et ils m&rsquo;ont abord\u00e9e, le temps de leur entrevoir un caract\u00e8re et ils allaient o\u00f9 ils voulaient, j&rsquo;avais beau crier pouce ! ils m&rsquo;ont ass\u00e9n\u00e9 leur fin avant que j&rsquo;aie eu le temps de dire ouf ! enfin pour le rosier, l&rsquo;autre n&rsquo;est pas fini. C&rsquo;est une joie dingue quand \u00e7a m&rsquo;arrive !\u00a0\u00bb<br \/>\n<em>\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a029 septembre 1991, extrait de lettre.<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><span style=\"color: #ff00ff;\">Lettre non dat\u00e9e (1993 ?) <strong>\u00e0 propos du manuscrit \u00ab\u00a0Anne des collines\u00a0\u00bb, non \u00e9dit\u00e9<\/strong><\/span><br \/>\nJe vais terminer mes m\u00e9moires d &lsquo;enfance. M\u00eame si je devais \u00e9crire encore quelques romans pour jeunes, je consid\u00e8re Anne des Collines * comme une oeuvre ultime, une conclusion, un \u00e9change privil\u00e9gi\u00e9 avec mes lecteurs.<br \/>\nJe m&rsquo;y consacre depuis deux ou trois ans. Mes correspondants me demandes ces pages et je voudrais les leur offrir. Me les offrir aussi. Et, par une \u00e9criture quelque peu diff\u00e9rente et qui ne s&rsquo;appuie pas sur la forme lin\u00e9aire du roman, je voudrais peut-\u00eatre dire aussi qu&rsquo;\u00e9crire pour les jeunes ne fut pas un pis-aller pour moi mais un choix. Si ce livre est \u00e9dit\u00e9 ce sera une reconnaissance, de moi, peut-\u00eatre, mais de la litt\u00e9rature pour jeunes. Comment vous dire ceci en quelques phrases ?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Le manuscrit d&rsquo;Anne des Collines termin\u00e9 je vais donc me trouver dans une situation nouvelle : celle de la recherche d&rsquo;un \u00e9diteur qui aimera ce texte et aura une collection (&#8230;) j&rsquo;aimerais franchir cette \u00e9tape qui semble couler de source apr\u00e8s une carri\u00e8re, pas extraordinaire sans doute mais intense. Que de chemin aura parcouru ma rencontre avec les jeunes &#8211;et mon \u00e9criture donc !<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">* Anne, pour l&rsquo;auteur, Collines pour le pays o\u00f9 je suis n\u00e9e, la Dr\u00f4me des Collines.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff00ff;\">et puis, Juin 1993 : <strong>\u00e0 propos de \u00ab\u00a0<\/strong><span class=\"Apple-style-span\"><strong>Fresques\u00a0\u00bb<\/strong>, \u00a0<\/span><\/span><span class=\"Apple-style-span\" style=\"color: #0000ff;\"><span style=\"color: #ff00ff;\">\u00a0l&rsquo;introduction de \u00ab\u00a0Anne des Collines\u00a0\u00bb :<\/span><br \/>\nJe relis ces lignes et me sens sereine.<br \/>\nDerri\u00e8re elles je sais une fresque mouvante, unique et mienne, qui me r\u00e9sume et articule insensiblement mon avance.<br \/>\nCette fresque est en touches vertes. Tous mes souvenirs y ondoient en milliers de tableaux mobiles. Au besoin, quelques uns se fr\u00f4lent ou se groupent. Glissements. Ils se nuancent l&rsquo;un de l&rsquo;autre. Emergent des sentes franchies. Naissent des rassurances &#8211;et la fresque sous-tend, toujours tangible en filigrane.<br \/>\nQu&rsquo;elle soit une et fragmentaire ensemble, qu&rsquo;elle ait fait mon avant, qu&rsquo;elle fasse encore le reste de ma vie (comme la pente et l&rsquo;eau engendrent le m\u00eame courant) est mon \u00e9vidence premi\u00e8re.<br \/>\nQu&rsquo;elle me revienne sans manquer, avec sa coh\u00e9sion paisible de rivi\u00e8re p\u00e9renne est ma force existentielle.<br \/>\nQue l&rsquo;enfance y soit toujours l\u00e0 \u00a0-qui avait choisi les couleurs- \u00a0est ma s\u00e9r\u00e9nit\u00e9.<br \/>\nM&rsquo;y plonger c&rsquo;est me regrouper et c&rsquo;est amener mon regard \u00e0 de primes voyances qui sont, aussi, les cl\u00e9s du dernier \u00e2ge o\u00f9 la fresque se signe.<br \/>\nComment dire \u00e0 la fois l&rsquo;importance de l&rsquo;unit\u00e9 et la force de ses mouvances qui sont flux sans cesse reform\u00e9s pour ajuster le pas pr\u00e9sent ? \u00a0Infig\u00e9, tout est l\u00e0, gard\u00e9 comme un levain afin que demain soit coh\u00e9rent, quelque part sur cette lanc\u00e9e initiale qui, un jour bouclera la boucle.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff00ff;\"><strong>et aussi\u00a0<\/strong><\/span><span style=\"color: #0000ff;\"><span style=\"color: #ff00ff;\">, <strong>une \u00e9bauche de \u00ab\u00a0Fresque\u00a0\u00bb<\/strong>, en Juin 1993 :<\/span><br \/>\nEvoquer mon enfance c&rsquo;est toujours commencer par la mort de mon p\u00e8re.<br \/>\nJ&rsquo;avais 7 ans. Pour le garder co\u00fbte que co\u00fbte, et poursuivre avec lui quand m\u00eame, j&rsquo;ai blotti tout au fond de moi sa vie devenue invisible.<br \/>\nB\u00e9ance noire o\u00f9 a pass\u00e9 la confluence.<br \/>\nL&rsquo;affluent \u00e9tait si puissant qu&rsquo;il m&rsquo;a emport\u00e9e et port\u00e9e, creusant d&rsquo;un coup un espace int\u00e9rieur \u00e0 la mesure n\u00e9cessaire.<br \/>\nComment dire ? Il y eut, soudain, la vie d&rsquo;Avant finie et la vie d&rsquo;Apr\u00e8s commenc\u00e9e.<br \/>\nDans mes souvenirs m\u00eames s&rsquo;est fait aussi un in\u00e9vitable partage, comme celui des eaux sur une cr\u00eate \u00e0 deux versants. L&rsquo;orage a burin\u00e9 les routes recr\u00e9\u00e9es.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Parler de mon enfance ce sera tout d&rsquo;abord dire l&rsquo;Apr\u00e8s qui semble avoir origin\u00e9 la marche.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Puis ce sera dire l&rsquo;Avant dont les touches sont moins li\u00e9es, plus \u00e9parses, plus buissonni\u00e8res. Mille chemins de nulle part s&rsquo;\u00e9lancent vers mille partout.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Enfin, au recul de mon \u00e2ge, tout aux confins du perceptible, ce sera essayer l&rsquo;\u00e9vocation de cette fresque infigeable o\u00f9 bougent les couleurs, les odeurs, les \u00e9mois qui se regroupent et s&rsquo;allument,\u00a0<\/span><span style=\"color: #0000ff;\">\u00a0o\u00f9 des crat\u00e8res flambent aux pouss\u00e9es int\u00e9rieures.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Toute ma vie d\u00e9coule de ce magma p\u00e9renne o\u00f9 mes pas cherchent leur appui, posent en pointill\u00e9 des pistes foisonnantes. Rien ne semble bouger, pourtant tout \u00e9volue. Le ciel est suspendu au dessus de mes pas qu&rsquo;ouatent les collines, du soleil et du vent. Tout est \u00e0 butiner, tout \u00e9merveille et parle. La vie est faite de tendresses aig\u00fces. Le cocon qui me tient dans l&rsquo;oeil clos du cyclone.<br \/>\n&#8230;&#8230;<\/span><\/p>\n<p><strong style=\"color: #ff00ff; line-height: 1.5;\">Nouvelle pour un livre d\u2019heures, Anne Pierjean, 28 avril 2001<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Le soir, la mort \u00e9tait l\u00e0.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">Non pas imp\u00e9rieuse et droite comme un i qui aurait jet\u00e9 son point haut en fl\u00e8che aig\u00fce de cath\u00e9drale, non, non, pas cette mort l\u00e0!<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Non plus la mort des imageries populaires, faux et squelette, os d\u00e9cupl\u00e9s et rictus de m\u00e2choires sous le cr\u00e2ne cir\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Non plus la veuve en ses lambeaux de bure sombre, si imp\u00e9rieuse qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas question de diff\u00e9rer d\u2019une pens\u00e9e ! non,rien, mais rien du tout, de la danse macabre.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">La mort \u00e9tait l\u00e0, toute simple.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">Simple. Comme je l\u2019attends depuis toujours, m\u00eame pas pench\u00e9e sur un lit.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Donc, \u00a0la mort \u00e9tait l\u00e0, sans falbalas.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">et j\u2019\u00e9tais l\u00e0 aussi, en tablier du jour, la marmite de cuivre repouss\u00e9e sur la cuisini\u00e8re, car je ne pouvais faire deux choses en m\u00eame temps, mourir et achever des confitures.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Je quittais mon tablier. Les griottes ne craignaient rien.Elles perlaient d\u00e9j\u00e0, elles n\u2019\u00e9taient plus, dans le chaudron, que des griottes cuites.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">Je me tournais vers la Mort Vive :<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">\u2013 c\u2019est l\u2019heure ? dis-je en enlevant mon tablier qui me poissait les doigts.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">S\u2019il y eut une r\u00e9ponse, elle ne fut pas audible.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">_ Alors quoi ? ai-je insist\u00e9, en besoin de comprendre, \u00a0toujours en attente de situations claires, nettes, orient\u00e9es, qui fl\u00e9chaient sans ambiguit\u00e9 la route \u00e0 prendre.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">La mort prenait son temps.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Sous l\u2019abat-jour de la haute veilleuse,elle \u00e9tait drap\u00e9e de violine et restait immobile.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">Ailes la regarda, elle n\u2019avait pas l\u2019air press\u00e9e. Alors elle lava ses vieilles mains et \u00e9carta la m\u00e8che qui lui basculait toujours sur ses yeux.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Et puis elle attendit.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">(Ses octantes ann\u00e9es ne s\u2019\u00e9tonnaient pas de grand chose. Si \u00e7a se passait comme \u00e7a, elle voulait bien !)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Elle s\u2019assit et se souvint d\u2019un po\u00e8me de ses vingt ans\u2026 qui parlait justement du temps. (*1).<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">Elle le r\u00e9cita \u00e0 la mort qui passa du violine au rose \u00a0-un rose indien au bord, un Redout\u00e9 au centre.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">La mort avait des yeux vert d\u2019eau,ceux de la Dr\u00f4me .. ou ceux de Luy car sa m\u00e8re avait d\u00fb, un soir, les puiser l\u00e0, agates dans le courant sauvage.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">La mort \u00e9couta, attentive.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Ailes sentit en elle un tout petit grelot de rire : \u00e7a ne se passait pas trop mal.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Mais elle n\u2019avait que l\u2019habitude des encha\u00eenements de la vie : questions, r\u00e9ponses, sourires, gestes, et l\u2019instant paraissait \u00eatre fait d\u2019autre chose, d\u2019une simple histoire de couleurs \u00a0-signifiantes ? Cod\u00e9es ? Acceptantes ? Il y avait quand m\u00eame un semblant de myst\u00e8re.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Ailes se souvint d\u2019un po\u00e8me d\u2019Andr\u00e9 Schmitz qu\u2019elle avait fait sien par cette pr\u00e9tention que, qui entend recr\u00e9e\u2026 surtout ce vers sur lequel elle tra\u00eenait toujours : \u00a0\u00ab\u00a0<strong>il lui demanda d\u2019oser dire\u00a0\u00bb\u2026\u00a0<\/strong>Elle savait le reste par coeur. Devait-elle\u2026?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Mais c\u2019est la mort qui dit le po\u00e8me \u00a0sans voix. (*2).<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">Docile et indiciblement heureuse, Ailes le r\u00e9cita ensuite, \u00e0 l\u2019ombre opalescente violine\u2026 rose\u2026blanche.. maintenant translucide\u2026 maintenant disparue.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Ah! Bon ? dit Ailes qui avait d\u00e9pass\u00e9 les \u00e9tonnements superflus depuis le temps qu\u2019\u00e9tait onTemps.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">Elle remit son tablier.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">Cligna des yeux pour bien juger des choses<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">plongea dans la gel\u00e9e sa cuill\u00e8re d\u2019argent<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">l\u2019inclina doucement \u00e0 quarante cinq degr\u00e9s<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">une goutte perla, joufflue, puis longue longue en \u00e9tirements \u00e9lastiques et retomba dans le chaudron<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">la seconde pris tout son temps avant de l\u00e2cher \u00e0 son tour<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">mais la troisi\u00e8me resta l\u00e0, au bec d\u2019argent de la cuill\u00e8re, ronde, lumineuse, odorante,<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">la perle \u00e9tait parfaite<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">la gel\u00e9e aboutie.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Ailes ferma les yeux, \u00e9merveill\u00e9e<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">Elle avait eu le temps de voir tout l\u2019infini amen\u00e9 par ses doigts depuis le griottier \u00e0 une perle r\u00e9ussie.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Une enfant qui passait ouvrit le bec, par l\u2019odeur \u00ab\u00a0all\u00e9ch\u00e9e\u00a0\u00bb\u2026<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">Et Ailes lui donna tout l\u2019univers dans la becqu\u00e9e.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">*1 <\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">Tourne letemps,<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">Je reste<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">au seuil d\u2019un mot ferm\u00e9<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">J\u2019attends<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">Tourne le temps tourne l\u2019\u00e9t\u00e9 tourne l\u2019automne,\u00a0<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">t\u2019attend ce moi-sans-toi qui laisse<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">tourner le Temps.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">S\u2019enspirale ce temps dont je n\u2019ai rien \u00e0 faire<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">puisque j\u2019attends.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">Je tends<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">l\u2019immobile feston de mes propres gelures<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">aux berges des saisons<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>Anne Pierjean<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">*2<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">Elle vint<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">Il \u00f4ta le vent de ses \u00e9paules<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">fit glisser de ses hanches<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">les neiges du voyage.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">Il lui demanda d\u2019oser dire.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Elle parla avec audace<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">d\u2019un jardin d\u00e9sert\u00e9<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">de trois ou quatre bouleaux trahis<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">d\u2019un pacte avec les loups.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Il lui offrit la premi\u00e8re lampe<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">du soir.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>Andr\u00e9 Schmitz, po\u00e8te belge.<\/em><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #000080;\"> \u00a0* \u00a0 \u00a0 \u00a0 * \u00a0 \u00a0 \u00a0* \u00a0 \u00a0 \u00a0 * \u00a0 \u00a0 \u00a0 * \u00a0 \u00a0 \u00a0 * \u00a0 \u00a0 \u00a0 * \u00a0 \u00a0 \u00a0 * \u00a0 \u00a0 \u00a0* \u00a0 \u00a0 \u00a0 *<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0Anne Pierjean, la ferveur d&rsquo;\u00e9crire \u00a0Module pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 l&rsquo;UPVD par Elisabeth VOREPPE Pour pr\u00e9senter ce module, j&rsquo;ai \u00e9crit: \u00ab\u00a0Pour Anne Pierjean, \u00e9crire \u00e9tait une grande responsabilit\u00e9, et une n\u00e9cessit\u00e9\u00a0\u00bb. Et \u00ab\u00a0ses mots, elle les voulait les plus authentiques et les plus exacts possibles\u00a0\u00bb. Pour illustrer ces affirmations je vais me servir essentiellement de ce qu&rsquo;elle &hellip; <a href=\"https:\/\/asso-annepierjean.fr\/?page_id=191\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">La FERVEUR d&rsquo;ECRIRE<\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/asso-annepierjean.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/191"}],"collection":[{"href":"https:\/\/asso-annepierjean.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/asso-annepierjean.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asso-annepierjean.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asso-annepierjean.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=191"}],"version-history":[{"count":51,"href":"https:\/\/asso-annepierjean.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/191\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2339,"href":"https:\/\/asso-annepierjean.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/191\/revisions\/2339"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/asso-annepierjean.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=191"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}